dimanche 28 octobre 2018

La France des évidences


  Tous les hommes, et tous les joueurs, ne sont pas identiques. Dans l’immense variété des personnalités et des individualités, il existe des êtres d’exception, des joueurs supérieurs.

C’est bien le grand mal du Quinze de France, depuis 15 ans, que de ne pas avoir accueilli de sélectionneur capable d’apprécier à leur juste valeur les joueurs exceptionnels, les individualités rares, les personnalités ayant un je ne sais quoi de talentueux, d’intelligent et de grand.

La stratégie court-termiste de l’homme-en-forme-du-moment, le culte du changement permanent, l’idéologie peut-être aussi, ont réduit nos plus belles exceptions à n’être que des lumières d’un soir, avant de les faire sombrer (parfois) dans le poison du doute.

Des êtres d’exception, nous en avons, pourtant. Voici une courte revue d’effectifs – qui ne prétend pas à l’exhaustivité.

Ne pas gâcher nos futurs Picamoles

En 1ère ligne, il existe deux évidences : Guirado et Chat. Guilhem Guirado est capitaine et, pour une fois, les sélectionneurs l’ont fait accéder au rang de titulaire indiscutable. Camille Chat n’a quasiment jamais été titulaire, malgré son évidente supériorité physique et mentale sur la plupart des talonneurs.

En 2ème ligne, nous ne voyons pas d’exception particulière, mais peut-être avons-nous manqué une perle ces douze derniers mois.

En 3ème ligne, nous avons quasiment gâché la carrière d’un sportif exceptionnel, d’un numéro 8 comme nous n’en avions pas eu depuis longtemps : Louis Picamoles. Comment un type aussi puissant, aussi intelligent dans le jeu, si souvent décisif en défense comme en attaque, a-t-il pu n’être titularisé que 40 fois ces dix dernières années ?

Une hérésie sportive commis par des sélectionneurs et des dirigeants fédéraux aux vues pour le moins étriquées. Il se dirige désormais vers la fin de carrière, mais il peut encore nous faire bénéficier de son talent.

A l’aile, Gourdon est une véritable révélation depuis deux ans. Où l’on voit ce que peut apporter la confiance et la stabilité à un joueur. Makalou nous semble également une pépite à ne pas râter.

Serein, Dupont, les deux bijoux

Et puis, il y a le poste de demi de mêlée. Là, nous allons viser directement le sélectionneur actuel. Car nous avons en ce moment deux bijoux absolus, deux joueurs rarissimes et encore jeunes que le monde nous envie, et qui sont traités comme de bons n°9, sans plus… Et ça, c’est grave.
D’un côté, Jean-Baptiste Serin dont la fluidité dans la transmission du jeu équivaut à celle d’un Van der Westhuizen en son temps. En plus, c’est un meneur, un marqueur d’essai, un ‘petit Napoléon’, comme l’ont surnommé les supporters quand il s’est révélé en 2016.
De l’autre, nous avons Antoine Dupont, dont la capacité offensive tient du miracle. Inutile d’en dire plus, tant son talent éclate.

Comment justifier, dans ces conditions, de titulariser à leur place le vieux Parra comme le sélectionneur l’a fait récemment ? Ou d’utiliser une nouvelle tête inconnue lors d’un match B ? Quel est le but ? Faire sentir à ces deux diamants qu’ils ne doivent être jamais sûrs de rien ? Les casser mentalement ? Les faire vieillir avant l’âge ?

Nous n’avons tout simplement pas le droit de passer à côté d’eux. Ni de Serin, ni de Dupont.

Plisson, l’autre Beauxis ?

En n°10 aussi, nos brillants sélectionneurs successifs ont cassé un talent exceptionnel. C’est d’autant plus dommageable que la France a rarement pu s’enorgueillir de titulaires irremplaçables à ce poste. Apparu avec éclat en 2007 lors d’une victoire en Irlande, Lionel Beauxis a ensuite été l’ouvreur titulaire lors du fameux quart de finale victorieux de coupe du monde contre les All Blacks.

A chaque fois que nous sommes allés le voir jouer en club, il crevait les yeux par ses capacités hors-normes. Mais nos dirigeants adorent l’incertitude. Ils l’ont faite peser sur ses épaules. Tellement qu’il a sombré ; notre homme s’est même retrouvé en deuxième division.

Il a fallu qu’un sélectionneur ayant du flair lui redonne confiance pour qu’il finisse sa carrière en trombe. « Avec le potentiel qu’il a, il devrait être le meilleur ouvreur français depuis dix ans. Il va vite, il fait des percées, il a des gestes techniques de grande classe, il a un jeu au pied hors-normes», affirmait en 2015 Vincent Etcheto, l’entraineur de Bordeaux-Bègles.
Relancé, Beauxis a ensuite fait passer un club à petit budget – Lyon LOU – au rang de demi-finaliste du Top 14. Un joli pied de nez aux médiocres.

Mais il nous semble que nous possédons en France un autre Beauxis en la personne de Jules Plisson. Lui aussi a des qualités hors-normes. Lui aussi est un sensible qui ne doit pas vivre dans l’environnement absurde du changement permanent.
En privé, dès que les choses tournent vaguement mal, il se remet outrageusement en question comme on lui a appris à le faire. A celui qui saura lui donner de la stabilité et de la confiance, il pourrait apporter de grandes choses.

Le Habana français n’a toujours pas de sélection…

 En 2016, dans les trente dernières minutes d’un France-Irlande mal embarqué, Plisson prend soudainement les choses en main, fait avancer son équipe avec une volonté de fer, et tape les 2 pénalités de la victoire. Son empreinte dans la victoire est flagrante et l’ancien joueur Fabien Galthié la relève à l’antenne.

Deux semaines plus tard, contre une Italie accrocheuse, il tape la pénalité de la victoire : un coup de pied de 50 mètres en coin à quelques minutes de la fin. Rarissime (mais pourtant raté par la caméra de France Télévisions (!) et aujourd’hui introuvable sur youtube).

Et derrière, avons-nous des êtres d’exceptions ? Il y en a un, qui lui aussi a subi la politique étrange des sélectionneurs. Il s’agit évidemment de Gabriel Lacroix. Un ailier pur, un félin de l’attaque possédant une accélération impressionnante, et capable de crochets à la O’Driscoll.

Nos sélectionneurs ne l’ont-ils pas vu ? A 21 ans, il est prometteur. A 22 ans, il explose. A 23, les sélectionneurs se décident enfin à lui faire enfiler le maillot bleu, mais contre une équipe B de la Nouvelle-Zélande. Il crève encore une fois l’écran. Puis se rompt les tendons quelques semaines plus tard. Le Quinze de France attendra…

Pendant ce temps, on titularise dix fois de suite le fidjien Vakatawa au poste d’ailier ; bon en attaque mais catastrophique en défense. Et pas mousquetaire pour un sou. Dans la ligne des trois-quarts, tout le monde tourne, sauf lui ! Les voies de la FFF sont parfois impénétrables… mais nous aimerions bien avoir une explication, tout de même.

La régularité du Quinze de France à portée de main

Voilà où nous en sommes. A part Lacroix donc (mais en convalescence), et peut-être Lamerat, personne ne nous semble « évident » derrière. Mais nous n’avons pas suivi avec assez de précision les nouveautés des douze derniers mois.


La politique du changement permanent qui fait fi des joueurs d’exception, c’est celle de l’irrégularité et des dérouillées honteuses à répétition : 52-11 contre les Blacks cet été, 62-13 en 2015, 50-23 contre l’Australie en 2014, 30-0 contre les Blacks en 2013, défaite contre les Tonga lors de la Coupe du monde 2011, 16-59 contre l’Australie en 2010, etc…..

Le sélectionneur qui saura titulariser ces joueurs supérieurs, trouver les bons compléments, et qui ne fera évoluer l’ossature qu’à la marge rendra au Quinze de France ses lettres de noblesse.

1 commentaire:

  1. Excellente analyse. Les grandes équipes, celles qui deviennent championnes du monde, sont très conservatrices et tournent très peu. Un champion du monde a déjà à peu près son équipe-type deux ans avant.
    En France, c'est la foire aux changements, ça part dans tous les sens...

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