vendredi 18 septembre 2015

Coupe du Monde : nos pronostics

   
   La Coupe du Monde qui vient nous donne l'occasion de quelques pronostics assortis de réflexions.


France : la fin de la cavalcade

Nous avons souvent eu de la chance lors des tirages au sort de la Coupe du Monde, ce dès la première édition en 1987. Et nous avons fréquemment réalisé l’exploit qui nous menait loin dans la compétition, comme en 1999 ou en 2007. Mais nous pressentons que cette fois-ci sera différente.

Trop de politique s’est insinuée dans les choix de la fédération et des sélectionneurs (voir notre billet http://www.lerugbyinternational.blogspot.fr/2015/05/une-ffr-ideologique.html). Et l’état d’esprit mousquetaire qui avait permis de réaliser les exploits ci-dessus mentionnés a en partie disparu.

Seul petit plaisir, nous avons hâte de revoir des joueurs comme Picamoles ou Michalak.


Dans le Nord, trois favoris

Dans notre hémisphère, nous retenons trois favoris :

 -L’Angleterre, hôtesse de cette Coupe du Monde, qui possède un important vivier de joueurs de talent.

-L’Irlande, qui n’a jamais été aussi solide (souvenons-nous de sa courte défaite à la 82ème minute contre la Nouvelle-Zélande il y a deux ans dans un match bourré d’intensité), et dont le départ prochain du grand deuxième-ligne O’Connell ou du pilier Rory Best marquera vraiment la fin de l’ère O’Driscoll.

-Le Pays de Galles, si fort quand la tête va.

L’un de ces pays peut-il remporter la compétition ? L’Irlande nous semblerait la mieux armée. L’Angleterre aura la motivation mais elle manque sans doute d’un grand ouvreur pour aller au bout, le Pays de Galles nous semble trop irrégulier et son excellent arrière et buteur Halfpenny est forfait.
 

La Nouvelle-Zélande pour l'histoire ?

Dans le Sud, le favori est clairement la Nouvelle-Zélande, dont les défaites se comptent sur les doigts de la main ces dernières années. L’Afrique du Sud suit de peu, emmenée par leur excellent entraineur Heineke Meyer.

L’Australie semble en-dessous (et elle devra sortir du groupe de la mort, avec l’Angleterre et Galles) mais l’on connait ses talents de compétiteur comme l'a prouvé sa victoire finale dans un quadri-nations réduit en juillet dernier.
 

En bref, une Coupe du Monde ouverte que le destin serait bien inspiré de donner une nouvelle fois à la Nouvelle-Zélande.
Le petit pays du bout du monde, qui a dû attendre 24 ans pour remporter le trophée après celui obtenu en 1987, domine le rugby international depuis dix ans. Une séquence sans doute unique qui mériterait une consécration mondiale pour la faire entrer définitivement dans les annales.

A condition que… A condition que le professionnalisme n’ait pas bouleversé le rugby jusque dans ses arcanes les plus intimes.
En 2007, pour la première fois, une nation vaincue en poule avait atteint la finale (Angleterre). En 2011, une pays vaincu deux fois en poule avait failli gagner le compétition (France). En 2015, va-t-on assister à l’élimination surprise d’un cador par une nation de second rang disposant d’un meilleur encadrement et de l’expérience professionnelle de joueurs évoluant dans le Nord ?

dimanche 24 mai 2015

Une FFR idéologique ?


Tout un symbole : l’intéressant Camille Lopez joue les dernières rencontres du Quinze de France comme titulaire du numéro 10, et il n’est pas choisi pour la Coupe du monde de rugby par le sélectionneur.

La politique de la révolution permanente voulue par la Fédération française de rugby depuis 15 ans s’est donc poursuivie avec Philippe Saint-André, dont on se demande bien comment il a pu taper dans l’œil des responsables du rugby français qui choisissent à huis clos les sélectionneurs nationaux.

Des choix idéologiques ?
 
Trois tendances se dégagent des choix pour la liste de joueurs retenus pour le mondial. Trois tendances qui semblent davantage tenir de l’idéologie ou de la politique que du sport :

Une pratique de la révolution permanente, avec pas moins de 25 joueurs sur 33 qui pourraient connaître leur première coupe du monde. Et encore ne s’agit-il pas que de jeunes, au contraire ! Comme sous Bernard Laporte ou Marc Lièvremont, Il semble clair que les sélectionneurs ne veulent pas voir de grandes personnalités émerger au sein de l’équipe.

Une nette propension à vouloir mettre en avant les dites minorités visibles. C’est une tendance peu connue et néanmoins très probable. Si Philippe Saint-André a été constant ces quatre dernières années, cela semble être dans ce domaine-là. Voir un Sofiane Guitoune ou un Nakaitanaci prendre la place d'un mousquetaire expérimenté comme Médard - en pleine bourre actuellement avec Toulouse - ou d'un Julien Arias - deuxième meilleur marqueur d'essai du championnat derrière un étranger non sélectionnable - donne envie de pouffer de rire. Ou de désolation.

La sélection de nombreux joueurs étrangers dont le Quinze de France peut parfaitement se passer. Le choix d’un Rory Kockott plutôt que des demis de mêlé d’avenir comme Jean-Marc Doussain envoie un signal très clair. La sélection de l’arrière Spedding, bon sans être exceptionnel, à la place des Médard et autres Germain s’inscrit dans la même ligne. Et on dirait volontiers la même chose d’un Atonio, qui n’a jamais été étincelant en matchs internationaux.
 
De mystérieux critères de sélection
 
Le problème, quand on se refuse à voir qu’une sélection nationale est d’abord celle d’un peuple, et non d’un amas de populations hétérogènes tenues par des valeurs abstraites, c’est qu’il n’y a plus de limites aux désidératas des uns et des autres.

Pourquoi ne pas sélectionner quinze joueurs étrangers, tant le championnat professionnel en regorge ? Pourquoi ne pas répondre au désir plusieurs fois réitéré du gouvernement de mettre exclusivement en avant les minorités visibles pour pratiquer le vivre ensemble sur les écrans ?

Pourquoi, en effet ?

L’idéologie règne en maître dans le sport français. Quand le sélectionneur Laurent Blanc, qui a fait gagner deux championnats au PSG, est suspendu au bout de deux petites années de l’équipe de France de football après qu’il eut montré sa volonté de réduire le nombre de joueurs africains et de bi-nationaux dans son équipe, alors que le médiocre Domenech est resté en place durant 7 ans, on se frotte les yeux.

On est curieux de connaître les discussions qui ont mené la fédération à choisir le sélectionneur Philippe Saint-André. Le temps de la transparence n’est-il pas venu au sein de la fédération ?

mardi 8 octobre 2013

Un duel dans les mémoires


        Cela devait arriver. La Nouvelle-Zélande domine le rugby mondial depuis une décennie, ce qui est sans doute inédit dans l’histoire. L’Afrique du Sud, qui est – certes – toujours polluée par des histoires raciales (sous la pression du gouvernement du zoulou Jacob Zuma, la fédération va désormais obliger les clubs à suivre des quotas ethniques), montait en puissance ces trois dernières années ; elle avait gardé une formation de qualité et celle-ci est exploitée dans sa totalité depuis l’arrivée de l’excellent entraîneur Heyneke Meyer en janvier 2012.

Cette année, Boks et Blacks ont étrillé l’Australie et l’Argentine dans le championnat sudiste des quadri nations. Tout le monde attendait la rencontre entre les deux géants du rugby mondial. Le premier test-match, joué il y a un mois, avait malheureusement été gâché par une pluie de cartons (dont un rouge). On espérait un duel au sommet pour le match retour. On n’a pas été déçu.


L’arbitre au bord de l’asphyxie


   Coups de pied d’une qualité exceptionnelle (les touches de plus de 50 mètres ont été légion), courses fabuleuses des troisième-lignes, passes magnifiques, réactions immédiates des équipes qui encaissaient des points… Il a été impossible, samedi dernier, de reprendre son souffle. A la fin de la rencontre, l’arbitre était au bord de l’asphyxie et perclus de crampes.

Exemplaire de ce match superbe, où chaque équipe a volontairement défié l’autre dans le jeu au large, est cette longue action survenue vers la cinquantième minute : suite à un regroupement en milieu de terrain et quelques passes de haute volée, un troisième-ligne sud-africain s’échappe sur l’aile et s’approche dangereusement de l’en-but adverse ; mais un trois-quarts néo-zélandais passe par là et sauve son camp en récupérant le ballon de manière inespéré. Va-t-il taper en touche ? Non. Il relance depuis ses vingt-deux mètres puis tape à suivre. Le ballon est désormais à dix mètres de la ligne sud-africaine. Un défenseur Bok récupère in extremis le cuir sous la pression des attaquants Blacks. Que fait-il ? Il relance à son tour ! Quelques séquences de jeu plus tard, les sud-africains ont déjà remonté le terrain et ils manquent pour quelques centimètres de marquer un essai !
 
Le public de Johannesburg a beau en avoir vu d’autres, c'est la folie dans le vieil Ellis Park.

   Cette partie ne s’est pas terminée dans l’intensité espérée. De manière paradoxale, le carton jaune infligé au pilier néo-zélandais Ben Franks pour un coup imaginaire donné à la 63ème minute a profité à son équipe, qui a utilisé le faux rythme qui a suivi pour placer une attaque éclair dont elle a le secret. S’en est suivi le cinquième essai Black et un écart de onze points irrécupérable au regard des efforts fournis durant la première heure de jeu (victoire finale de 38 à 27 pour la Nouvelle-Zélande).
 
S’ils voulaient vaincre les indestructibles hommes en noir, les Boks auraient sans doute dû s’appuyer davantage sur leur formidable pack d’avants plutôt que de répondre systématiquement aux attaques au large par des offensives du même type. Et s’appliquer dans les placages. Pour la deuxième année consécutive, la Nouvelle-Zélande sort invaincue du quadri-nations. Exceptionnel.

   Le retour du grand duel Blacks-Boks est une bonne nouvelle pour le rugby mondial, qui pourra désormais s’évaluer contre deux références et non plus une seule (la Nouvelle-Zélande).


Insupportables Gallois


   C’est avec impatience que l’on attend les Tournées de novembre. Qui pourra rivaliser ? Les Anglais, assurément, qui montent en puissance depuis un an et demi.

C’est pourtant sur les Gallois que tous les regards se tournent. Et pour cause : vainqueurs du dernier Tournoi, ils ont formé l’ossature du Quinze des Lions britanniques qui a remporté la tournée en Australie il y a trois mois.
Seuls, les Gallois ont néanmoins beaucoup de mal à vaincre les pays du Sud. Depuis qu’ils ont réussi le Grand chelem en 2005, ils n’ont arraché que deux courtes victoires à domicile face à l’Australie. En huit ans, ils ne sont parvenus à inquiéter l’Afrique du Sud qu’à deux reprises, et se sont très souvent fait étriller par la Nouvelle-Zélande. En voyage en Australie l’an dernier, ils avaient manqué (de peu) une belle occasion de rapporter enfin une tournée victorieuse de l’hémisphère Sud, malgré la faiblesse des Wallabies.
 
L’irrégularité des Gallois dans le Tournoi ne les aide pas. Difficile dans ces conditions d’en faire une référence du rugby du Nord, en dépit de leurs Grands chelems acquis en 2005, 2008 et 2012.

Et les Bleus ? Le brouillard semble envahir pour longtemps le ciel de France. On en veut pour preuve l’abaissement du Stade toulousain, qui, pour la première fois depuis la mise en place du professionnalisme, ne joue plus sur le devant de la scène. Son entraîneur emblématique, Guy Novès, n’a-t-il pas déclaré qu’il fallait revoir toute l’organisation du club après les récentes défaites, et s’adapter aux nouvelles exigences du rugby ? Il affirmait ainsi que Toulouse devait renforcer ses équipes en achetant des joueurs étrangers, son fabuleux centre de formation n’y suffisant plus.

Pendant ce temps, le président du champion d’Europe en titre (Toulon) ne trouve rien de mieux que de multiplier les insultes contre le rugby français, tandis que les membres de la fédération – sous l’influence de l’homme d’affaires Serge Blanco – lancent des appels à soutiens pour … construire un grand stade, dont ils espèrent de juteuses rentrées d’argent.

Le contexte général n’est décidemment pas favorable au Quinze de France. Mais gageons que ses joueurs de grande qualité relèveront le défi imposé par la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud en novembre prochain.

jeudi 28 février 2013

France : difficile reconstruction


          Trois défaites d’affilée dans le Tournoi. Nous laissons aux nouveaux commentateurs friands de statistiques historiques qu’ils ne comprennent pas le soin de trouver trace d’une telle bérézina dans le passé. Contentons-nous de dire qu’il faut remonter à Mathusalem pour déplorer pareille série. Ca fait loin…

Les débuts de Philippe Saint-André sont difficiles. Il doit tourner la page de la révolution permanente initiée par Bernard Laporte et renforcée par Marc Lièvremont, sous la houlette de l’ancien président de la fédération française de rugby. Douze ans de changements incessants dans l’équipe, de mises à l’écart d’hommes d’exception parce qu’ils avaient une méforme passagère… L’homme doit calmer les esprits. Il doit construire.

Pour ce faire, il s’appuie sur sa première tournée à l’étranger, celle en Argentine l’été dernier. Le championnat n’était pas terminé : il avait dû faire appel à des jeunes premiers ou à des anciens oubliés. Ces derniers avaient confirmé à l’automne (Michalak, Dulin, Machenaud…), puis déçu en début de Tournoi. Nouveaux changements contre l’Angleterre…


Le temps pour construire


     La cloche n’est pas encore bien réglée. Mais il ne nous semble pas que cette équipe de France puisse un jour encaisser cinquante points par la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, comme cela était le cas ces dernières années. Dans les trois matchs de ce Tournoi, les Bleus auraient pu gagner ou arracher un nul. Aussi étonnant que cela puisse paraître après les échecs récents, la politique de Saint-André est la seule à même de construire une équipe résistante à toute épreuve.

Que manque-t-il, hormis du temps ? Pour commencer, on observe une carence en joueurs. De toute évidence, Saint-André n’a pas la chance (gâchée par ses prédécesseurs) de pouvoir aligner des rugbymen exceptionnels comme Servat, Pelous, Galthié, Heymans, ou le Clerc des belles années.

Chez les avants en particulier, mis à part le magnifique Picamoles (qui n’est pas seulement pénétrant, comme on le lit ou l'entend dans la plupart des gros médias, mais très intelligent dans son jeu) ou Dusautoir, le pack français – si important pour le Quinze national – n’a pas la même niaque que celui des dernières décennies. En première ligne, nous ne parvenons pas à remplacer les Servat et Mas. En seconde ligne, nous n’avons toujours pas trouvé le digne représentant d’un Brouzet ou d’un Pelous.

Pour trouver un nouveau pack performant, Saint-André tente, cherche, tâtonne. Mais à force d’embaucher des joueurs étrangers, les clubs français freinent le renouvellement. Le réservoir n’est pas assez gros.
 
 
Des arrières monolithiques ?


    En revanche, manque-t-on vraiment de choix dans les autres lignes ? Le sélectionneur se plaint de ne pas avoir de joueur capable de taper des ballons lointains pour réduire la pression de l’adversaire. A-t-il bien regardé du côté de l’un des plus grands clubs de France, Toulouse, où joue un ouvreur au pied d’exception ? Lionel Beauxis est pourtant le seul numéro 10 français capable de trouver des touches de cinquante mètres quand le besoin s’en fait sentir. Le manque total d’indulgence dont on lui fait preuve (depuis le sélectionneur précédent) contraste avec les chances répétées laissées à un Trinh-Duc, par exemple.
En numéro 9, n’oublions pas le grand espoir Jean-Marc Doussain.

Enfin, les lignes arrières semblent manquer de cette fougue de mousquetaire qui est la seule à même de révolter nos joueurs. Pouvons-nous hasarder à dire que les Bastareaud, Fall, Fritz ou même la pile Fofana en manquent singulièrement ? Joueurs de qualité ils sont, mais cela suffit-il à faire un état d’esprit ? Pourtant, le choix est large. Des joueurs confirmés ont complètement disparu de la circulation : où sont passés les Maxime Médard, Alexis Palisson, Jean-Marcellin Buttin ?

Une équipe est un équilibre : il y a les êtres besogneux, les chevaux fous, les sages et les chefs. C’est quand le Quinze de France a su trouver une harmonie entre ces différentes énergies, avec un nombre suffisant de mousquetaires, qu’elle a été grande. Or, c’est cet équilibre qui semble manquer aujourd’hui à nos lignes arrière. On perd sans doute beaucoup à titulariser ensemble un Bastareaud et un Fritz, un Fall et un Fofana...
 

L’Angleterre de nouveau dominatrice, le retour de l’Ecosse


    Ce Tournoi fournit deux informations précieuses. La première, c’est que l’Angleterre domine de nouveau la scène nordiste. Sa progression n’est pas terminée, tant l’équipe est jeune, y compris dans le pack d’avants. Surtout, le rugby anglais semble s’être trouvé un nouveau Wilkinson en la personne d’Owen Farrell. Or, le Quinze à la Rose n’est jamais aussi fort que quand il possède un grand demi d’ouverture.

L’autre information de taille est la résurrection de l’Ecosse. Pour la première fois depuis l’entrée de l’Italie dans le Tournoi, le pays a très largement battu les Transalpins. Et il a enchaîné dans la foulée avec une victoire contre l’Irlande. Depuis quinze ans, l’Ecosse devait combattre pour éviter la cuillère de bois, et ce ne sera pas le cas cette année. Le pays est sur la bonne voie. L’essai de quatre-vingt dix mètres marqué contre l’Italie par Stuart Hogg – la future star au poste d’arrière – est le meilleur évènement qui soit pour ramener les jeunes écossais vers un sport national qu'ils avaient quelque peu délaissé.


 - Il reste deux journées à jouer :
Les 9 et 10 mars, Ecosse-Galles, Irlande-France et Angleterre-Italie
Le 16 mars, Italie-Irlande, Galles-Angleterre et France-Ecosse

mercredi 28 novembre 2012

Tournées d'automne : espoirs, bérézina et harmonie


      Les tournées de cet automne 2012 sont très instructives.

Premier enseignement, l’équipe de France semble avoir trouvé une ossature digne des grandes équipes, à la faveur du retour de grands spécialistes du poste. Louis Picamoles, joueur dont nous n’avons cessé de louer les qualités extraordinaires et qui, à 26 ans, a trouvé grâce aux yeux des sélectionneurs, pourrait devenir le meilleur troisième-ligne centre du monde si on le laisse aligner les titularisations. Remarquons également le changement important au centre, où Maxime Mermoz a enfin récupéré son numéro 12.
Michalak, qui avait été choisi par curiosité lors de la dernière tournée en Argentine, donne de l’élan et de l’envie à la ligne de trois-quarts, compensant sa relative faiblesse au pied par une vista certaine dans le jeu à la main (décidemment, Lionel Beauxis ne pourra toujours pas faire valoir son énorme potentiel). Son passage en Afrique du Sud lui a donné de la maturité et de la sérénité, à l’image de sa réussite dans les pénalités. Remarquable aussi est la réapparition de Nyanga.

Ces retours de spécialistes se sont doublés de la titularisation de jeunes premiers découverts en Argentine. Machenaud semble avoir déjà joué souvent avec le Quinze de France tant il est solide, et Dulin met sa fougue au service de l’équipe.

Tout ceci est de bon augure. Pour la première fois depuis une quinzaine d’années, le sélectionneur montre de la constance dans ses choix et ne semble pas attiré par l’état d’esprit révolutionnaire ; changements permanents et jugements à courte vue ne font pas partie de son logiciel de pensée. Il nous semble qu’il sait reconnaître les joueurs d’exception.


Bérézina nordiste

 
La France est le seul pays du Nord à sortir la tête de l’eau (avec l’Italie, qui - toutes proportions gardées - a fait bonne figure). Ailleurs, c’est la bérézina.
Si l’Irlande demeure assez compétitive malgré l’arrivé de nouveaux joueurs et l’absence du capitaine O’Driscoll (courte défaite contre l’Afrique du Sud et large victoire contre l’Argentine), l’Angleterre ne parvient pas à gagner (y compris contre une Australie assez faible) et l’Ecosse a vécu l’affront – un de plus – de perdre à domicile face aux îles Tonga.
Enfin et surtout, le Pays de Galles a vécu un automne catastrophique : deuxième défaite de son histoire à domicile face à l’Argentine, premier revers contre les îles Samoa puis large défaite face à la Nouvelle-Zélande. Depuis qu’ils ont percé au plus haut niveau il y a neuf ans, les Gallois sont incapables de la moindre régularité. Où sont passés les demi-finalistes de la Coupe du Monde 2011 et les vainqueurs du dernier Tournoi ? A leur décharge, l’absence de quelques joueurs habituellement titulaires et surtout celle de leur entraineur, le grand Warren Gatland, qui a été nommé sélectionneur des Lions britanniques pour leur prochaine Tournée en 2013 et ne peut courir deux lièvres à la fois.

Dans toutes ces nations, on a pu remarquer l’incapacité à enchainer des phases de jeu basiques alors même qu’elles procédaient de choix tactiques : pénal-touches suivies de lancers déficients, affrontements en mêlées fermées ou choix de jouer à la main mais perte de balle immédiate etc. Comme si elles tentaient des choses qu’elles ne maitrisaient pas. C’est souvent le reflet d’équipes qui ne connaissent pas assez bien leurs propres forces et faiblesses.
 

La Nouvelle-Zélande en pleine harmonie
 

Dans l'hémisphère Sud, on peut s’enorgueillir de ces tournées, mis à part l’Australie, qui semble avancer à l’aveugle.
 
Ainsi, l’Afrique du Sud est restée invaincue et montre une solidité à toute épreuve. Ses jeunes avants confirment le bien que l’on pensait d’eux. Les Springboks ont encore quelques problèmes à régler (trouver un très bon ouvreur, être moins prévisibles quand ils approchent de l’en-but adverse), mais ils seront l’une des nations à battre dans les prochaines années.
Les îles polynésiennes n’ont jamais été autant à la fête ; il leur suffisait d’un déclic (en l’occurrence, un management sérieux et régulier). Les îles Samoa deviennent un vrai danger pour les nations majeures, ce que souligne leur huitième place au classement IRB (nous avions déjà souligné leur compétitivité en juillet 2011, http://www.lerugbyinternational.blogspot.fr/2011/07/l-es-samoa-sont-en-grande-forme.html).
Enfin, l’équipe de Nouvelle-Zélande atteint un niveau d’harmonie rarement vu dans le rugby international. S’ils n’avaient piétiné dans le troisième match de la coupe Bledisloe face à l’Australie il y a deux mois (nul 18-18), ils auraient battu aisément le record de victoires d'affilée d’un Quinze national. Ils demeurent invaincus depuis vingt rencontres.


Post-scriptum : encore deux matchs sont à jouer pour clôturer ces tournées d’automne : Galles-Australie et Angleterre-Nouvelle-Zélande en fin se semaine. Quelque que soit l’ampleur du sursaut d’orgueil des deux nations européennes, elle ne remettra pas en cause la domination actuelle du Sud. A noter que l’argent, bien plus que la passion, explique cet extra : les fédérations néo-zélandaise et australienne recevront 1,5 million de livres sterling pour ces rencontres jouées en surplus des trois semaines habituelles de Tournée…

mardi 3 juillet 2012

Nord-Sud : duel en cours...



      Les tournées d’été avaient commencé par un coup de tonnerre : la victoire de l’Ecosse sur le sol australien (le 5 juin), une première en trente ans (et seulement la deuxième victoire de toute son histoire dans l’hémisphère Sud). Cette issue prestigieuse, acquise par un temps froid et pluvieux, était néanmoins à relativiser : le sélectionneur australien avait tenté plusieurs remaniements dans le pack, et il avait dû faire sans ses arrière (Beale) et ouvreur (Cooper) attitrés, tous deux récupérant de blessure.

Plus tard, les Australiens ont montré, contre le Pays de Galles, qu’ils valaient mieux. Trois rencontres pour autant de victoires, souvent acquises à l’arraché (27-19, puis 25-23 et 20-19). Les vainqueurs du dernier Tournoi ont quant à eux manqué une belle occasion de remporter une Tournée dans l'autre hémisphère, ce qu’ils n’ont encore jamais réussi.

Fin de course pour l’Irlande

    Ces Tournées à l’ancienne ont permis de mesurer la compétitivité du Nord, avec des matchs serrés. Outre le Pays de Galles, l’Angleterre est parvenue à arracher un nul face à l’Afrique du Sud et l’Irlande a failli battre une fois la Nouvelle-Zélande.

On notera néanmoins la difficulté persistante pour les nations européennes de remporter ce genre de tests-matchs. L’exemple le plus cruel est la rouste infligée à l’Irlande par les All-Blacks dans la dernière des trois rencontres qui les opposaient : après avoir frôlé l’exploit (22-19 avec une pénalité de Carter à la dernière minute), l’Irlande a encaissé un 60 à 0 en clôture de tournée. Fatigués, conscients que l’occasion ne se reproduirait pas de sitôt, les Irlandais n’ont jamais réussi à sortir la tête de l’eau face à une Nouvelle-Zélande revancharde.
A l’image du regard noir et triste d’O’Driscoll après le coup de sifflet final, qui annonçait qu’il ne jouerait sans doute plus jamais dans ce pays du bout du monde, l’Irlande voit une page se tourner, celle de la fabuleuse décennie 2000.

    Loin de là, en Amérique du Sud, l’équipe de France a subi un revers face à une Argentine jeune et talentueuse (23-20), avant de montrer une belle réaction d’orgueil lors du second test-match (10-49). Quelques nouveaux joueurs sont à suivre (Dulin, Machenaud…) et des ‘oubliés’ ont montré que l’on pouvait compter sur leurs talents (Michalak, Mermoz…).

Quant à l’Ecosse, elle est restée invaincue lors de sa tournée dans le Pacifique. Victoire contre l’Australie (6-9), mais aussi contre des îles Fidji (25-37) et Samoa (16-17) que l’on avait vues très compétitives durant la dernière coupe du monde. C’est tout sauf un hasard.

Des cotes et des Boks

    Peu enclin à regarder les cotes des bookmakers, laissons pour une fois la parole à un correspondant régulier et sagace pour une analyse fort intéressante :

   «  Un petit mot sur les cotes... pour la prochaine coupe du monde. Je sais, c'est loin et c'est pas non plus l'alpha et l'oméga de toute chose, mais c'est assez représentatif des forces actuelles...




NZ = 2,25/1
Galles = 7/1
Australie = 7/1
Angleterre = 7/1
AfSud = 8/1
France = 10/1
Irlande = 26/1



Certes, la coupe du monde 2015 aura lieu en Angleterre, mais deux équipes de l'hémisphère Nord parmi les quatre favoris, c'est rare...

Comme d'habitude, la NZ est sous-cotée. Pas du tout intéressant de parier dessus. L'Australie me paraît aussi sous-cotée. Ils ont quelques petits jeunes performants mais je ne leur vois pas un avenir absolument radieux.

Par contre, par contre, attention à l'AfSud !! Ils ont été vraiment impressionnants pendant une mi-temps face à l'Angleterre, avec plein de nouveaux avants très jeunes qui se lançaient à l'assaut de la ligne anglaise avec fureur. Ce ne sont pas des monstres physiques, plutôt des gars mobiles et endurants. Ils me font un peu penser aux avants écossais. Et pourtant, leur nouveau coach – excellent, un type que tout le monde voulait comme entraîneur des Boks depuis des années – a dit qu'ils n'étaient même pas à 5% du niveau où il voulait qu'ils arrivent. Franchement, s'il arrive à construire cette équipe comme il veut, ils vont faire très mal...  (…)

En tout cas, le prochain quadri-nations va être intéressant, avec seulement des matchs aller-retour plus l'entrée de l'Argentine. (…)

Pour l'hémisphère nord, les Gallois paraissent vraiment au-dessus du lot ; tellement jeunes et déjà tellement doués. Attention aussi aux Anglais qui se construisent... Par contre, nous, heu... Franchement...
».

lundi 4 juin 2012

Intéressantes tournées d'été


       Il règnera en ce mois de juin comme un parfum de vieille tournée : l’Irlande, le Pays de Galles et l’Angleterre se déplaceront pendant près d’un mois dans un seul pays, respectivement en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud. Le voyage sera ponctué pour chacun d’eux de trois tests-matchs, ce qui augmentera les chances du Nord de gagner dans l’autre hémisphère.

Les victoires d’une nation européenne en terre sudiste sont rares. Depuis 1996, nous n’en dénombrons que sept, du seul fait de l’Angleterre et de la France (nous ne prenons pas ici en compte les Lions britanniques). Quand aux tournées victorieuses, elles se comptent sur les doigts de la main dans les décennies passées. La dernière remonte à 1994, avec les deux succès des Bleus de Berbizier en Nouvelle-Zélande.


L’Irlande et Galles pour une première ?

    En ce mois de juin, deux tournées retiennent l’attention. Celle de l’Irlande tout d’abord, qui n’a jamais gagné contre les All Blacks en plus de cent ans de rencontres internationales. Quel visage va offrir l’équipe néo-zélandaise pour sa première apparition depuis son sacre mondial ô combien mérité il y a sept mois ? Comme lors des précédents déplacements irlandais, gageons que nous aurons à voir des matchs serrés et intenses. D’un côté, le meilleur Quinze du monde, de l’autre, l’équipe la plus solide de l’hémisphère Nord… L’Irlande aura trois chances pour enfin arracher une victoire contre la Nouvelle-Zélande.

L’autre formation à suivre est celle du pays de Galles. Le talentueux vainqueur du Grand Chelem nous semble tout-à-fait en mesure de battre les Wallabies cet été. Il est temps pour les Gallois de marquer notre époque de leur empreinte. S’ils co-dominent le rugby de l’hémisphère Nord, ils ne parviennent pas à confirmer contre le Sud. Depuis leur éclosion en 2004, les Gallois n’ont arraché que deux courtes victoires à domicile contre l’Australie, ne parvenant à vaincre ni les néo-zélandais ni les sud-africains.


Les Pumas dans l’histoire


    Un petit mot sur l’Angleterre, qui, après avoir laissée une impression lamentable lors de la dernière coupe du monde, a confirmé dans le Tournoi qu’elle était sortie du marasme des dernières années. L’entraineur provisoire Lancaster a finalement signé pour trois ans, ce qui stabilise l’encadrement. Le Quinze de la Rose aura néanmoins fort à faire avec une Afrique du Sud puissante et qui pourrait se montrer plus entreprenante dans le jeu après l’arrivée de son nouveau sélectionneur.

    Enfin, la tournée de nos Bleus en Argentine sera intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord, Philippe Saint-André a convoqué neuf novices, dont la plupart ont entre 20 et 23 ans (rappelons que le voyage a lieu durant les phases finales du championnat). Ensuite, les Pumas auront à cœur de montrer qu’ils méritent leur entrée dans le prochain tri-nations (renommé quadri-nations pour l'occasion). Cet évènement est le fait majeur du rugby international depuis la mise en place du professionnalisme : l’outsider argentin va enfin intégrer le concert des grandes nations du rugby, et on le sent capable de vaincre les meilleures équipes du monde.


Les tournées du mois de juin :

Le 5 : Australie – Ecosse
Le 9 : Nouvelle-Zélande – Irlande ;  Australie – Galles ;  Afrique du Sud – Angleterre
Le 16 : Idem  +  Fidji – Ecosse  et  Argentine – France
Le 23 : Idem  +  Argentine – France  et  Samoa – Ecosse

mercredi 9 mai 2012

Professionnalisme : premiers effets pervers


      Lu dans le délicieux livre de Denis Lalanne, Le grand combat du XV de France (quand la France fit sa première tournée en Afrique du Sud, dont elle sortit victorieuse) :

« (…) Car les gens de l’International Board, quoiqu’on pense, ne veulent pas ‘snober’ le petit mécano pyrénéen ou le gros viticulteur catalan qui se passionnent pour ce jeu ; ils ont seulement le cher souci de le préserver des propriétaires-maquignons s’entourant à l’ère moderne de fabricants de champions, entraîneurs patentés et techniciens de laboratoire qui pourraient dénaturer le ‘sport-roi’ ainsi qu’il est aujourd’hui advenu de tant d’autres sports qui étaient naguère amusants. Autre chose est de cultiver la tradition du cher vieux ‘football-rugby’. »

Les marchands dans le temple

     Ces lignes ont été écrites en 1958. Les choses ont beaucoup changé depuis. L’IRB s’ingénie désormais à répandre le professionnalisme partout, se couche devant un magnat des médias qui réclame toujours plus de matchs pour la publicité… Il ressemble de plus en plus aux instances dirigeantes du football et des JO, où les affaires ont pris le dessus sur toute autre considération.

  -- Sans vouloir tomber dans le grognonisme automatique, force est de constater les effets lamentables de la professionnalisation du rugby. Le moindre d’entre eux n’est pas la multiplication des matchs, qui enlève l’attrait principal des rencontres internationales.

Mais le plus important est sans doute le moins visible. Fini le « sport de voyous pratiqué par des gentlemen », phrase ressassée, certes, mais qui éclairait en profondeur ce qu’était l’aristocratie rugbystique. Désormais, on forme des bébés rugbymen que l’on suit dès l’adolescence. Tapis déroulé, sans avoir à pratiquer un autre métier que « jouer au rugby » ; les nouveaux joueurs sont devenus humainement quelconques, voire médiocres.
A quoi fallait-il s’attendre d’autre, à partir du moment où l’on donne des fiches de salaire et des points-retraite à ceux qui ne font que pratiquer leur passion sportive ?...  (Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les arbitres sont obligés de parler beaucoup plus qu’avant sur les terrains)

Les affaires contre le rugby français ?

 -- Dans les clubs, l’impact du professionnalisme est brutal. Il existe désormais une saison des transferts, et il n’est pas rare de voir des joueurs changer de ville tous les ans (sauf, évidemment, à Toulouse). Voilà qui éclate ce sport enraciné.

En France, le professionnalisme est – comme la mondialisation – particulièrement violent. Il n’est pas rare que la moitié des effectifs des équipes premières soit étrangère. Certains clubs lancent même des partenariats avec les îles du Pacifique, où, pour une bouchée de pain, l’on peut dégoter des colosses talentueux. Ils essayent de fidéliser au plus jeune, affirmant (mais y croient-ils vraiment ?) que le sentiment d’appartenance à un club peut être aussi fort que l’appartenance à un peuple.

Politique déracinée de gestionnaire, qui est bien plus avancée dans notre pays qu’elle ne l’est en Grande-Bretagne ou dans l’hémisphère sud...

 -- L’argent étend ses ramifications partout. L'ex président de la Ligue nationale – l’homme d’affaires Serge Blanco – ne vient-il pas de déclarer que, au cas où il prendrait la tête de la Fédération française, il interdirait à des clubs de monter dans le top 14 s’ils n’avaient pas un budget minimum, ainsi qu’un stade moderne avec un certain nombre de places ?

On a laissé les marchands entrer dans le temple ; il va bien falloir, un jour, songer à les en déloger…

mardi 13 mars 2012

Première faute de goût

      Ceci est un post-scriptum suivant le message d’hier. A peine l’avions-nous posté que nous apprenions la décision de Philippe Saint-André de sortir quatre joueurs valides de l’effectif. En plus de Dupuy, à qui il n’aura été donné qu’une maigre chance de s’imposer dans le Quinze national, et de Nallet, qui laisse sa place à de plus jeunes joueurs, le sélectionneur a littéralement viré Mermoz et Malzieu.

Il s’agit selon nous de la première erreur du nouvel encadrement, mis sous pression après le match nul contre l’Irlande et la courte défaite face à l’Angleterre. Changer le groupe juste avant la fin du Tournoi n’est pas le meilleur moyen de donner de la confiance aux joueurs, d’autant plus si c’est pour se débarrasser de Maxime Mermoz – trois-quarts centre à gros potentiel qui n’aura joué que 50 minutes dans le Tournoi ( !) – ou Julien Malzieu – excellent contre l’Italie et l’Ecosse, solide face à l’Irlande.

   Après le test au Pays de Galles, le groupe se séparera pendant trois mois. Le moment ne semblait pas opportun pour remanier ainsi l’effectif global. Plutôt que de trouver des fusibles, l’encadrement devrait s’atteler à revoir ses entrainements défensifs.

Rendez-vous à Cardiff, donc, samedi prochain (coup d’envoi à 15h45).

lundi 12 mars 2012

France : fébrilité passagère

     Nous analyserons le présent Tournoi quand il sera terminé. En attendant, nous ne changeons pas grand-chose à ce que nous avions écrit suite aux deux premières journées (http://www.lerugbyinternational.blogspot.com/2012/02/tournoi-les-premiers-enseignements.html).

Un mot sur l’équipe de France, qui sort d’un match nul contre l’Irlande et d’une défaite contre l’Angleterre à domicile. Les deux fois, les Bleus ont déjoué en première mi-temps, concédant des essais soudains et non construits, avant de se reprendre et de dominer en seconde période.

Ce que nous croyons distinguer, c’est une volonté de trop bien faire (cf l'énorme déception après le match nul contre l'Irlande), qui se traduit par une forme de précipitation sur le terrain. Une facilité dans la manière de mener certaines actions, aussi, qui n’a pas pardonné contre l’Irlande (sur le premier essai de Bowe) et l’Angleterre (essai de Tuilagi). Est-ce parce que le Quinze national est enfin dirigé par un entraîneur « normal », après douze années de politique délirante (ère Laporte et surtout Lièvremont) ?

Quoiqu’il en soit, nous ne sommes pas inquiets. Certes, quelque chose doit clocher dans les entrainements défensifs. Mais Philippe Saint-André pratique une politique dans la durée et sait reconnaitre les hommes forts, ce qui est de loin le plus important. Il faut savoir être patient.

De grands talents dans l’effectif

     Les hommes forts, parlons-en.
Depuis leur retour en place de titulaire, Harinordoquy est exceptionnel et Poitrenaud presque parfaitDusautoir est plus que jamais le mur de fer de l’équipe de France, et assume naturellement le capitanat. Maestri monte en puissance, Szarzewski sait sonner la révolte quand il le faut, tout comme Debaty, qui devra bientôt prendre la relève des magnifiques première-ligne que sont Mas et Servat.

Derrière, Rougerie est le meneur de la ligne de trois-quarts et les ailiers de qualité ne manquent pas, à l’instar de Malzieu, incroyablement ignoré par Lièvremont. Mermoz ou Fofana sont talentueux. Ce dernier est un drôle de cas : 4 essais en 4 matchs dans des situations similaires (le coup de rein décisif pour franchir l’en-but après un gros travail des équipiers), une capacité d’accélération énorme, et une attitude humble à l’opposé de la starification étrange qu’essayent de monter les journalistes de France 2. A l’envers de la médaille, le joueur se préserve beaucoup : durant ses deux premiers matchs, il a touché moins de ballon que l’un au moins des deux ailiers, ce qui est très anormal pour un trois-quarts centre ; en défense ou sous les chandelles, la différence avec son compère Rougerie est flagrante. Ce n’est finalement qu’en passant à l’aile (suite à une réorganisation des lignes arrière contre l’Angleterre) que Fofana nous a paru plus à l’aise et plus présent dans le jeu. Au regard de ses capacités physiques, n’est-ce pas à ce poste qu’il devrait évoluer ?

N°9 et 10 : une importance charnière

     Le seul espace flottant est la charnière. Malgré les vingt titularisations groupées de Parra et de Trinh-Duc, il manque quelque chose au duo. En dépit de sa grande volonté et d’une confiance montante, Parra (23 ans seulement) est encore un peu frêle, tandis que le jeu au pied de Trinh-Duc ne suit pas sa vista à la main.
Contre l’Angleterre, Dupuy n’a pas assumé pleinement son rôle de demi de mêlée (qui doit donner des indications, influencer le jeu au près etc) ; cela explique en partie la désorganisation et les hésitations des avants derrière les regroupements.
Beauxis, en revanche, a fait du bien. A force de titulariser des ouvreurs à pied de crevette, on avait oublié l’importance d’avoir un n°10 sachant dégager au loin sous la pression, être capable de mettre des drops et rentrer des pénalités de cinquante mètres. L’homme a des capacités rugbystiques exceptionnelles. Il est temps de lui faire confiance en lui accordant plusieurs sélections d’affilée.