mardi 15 mars 2011

Quelque chose ne tourne vraiment pas rond...

         Nous nous réjouissons pour les italiens de cette victoire si précieuse contre le Quinze de France (21-20), de la joie qui les a envahis au coup de sifflet final. Plus les minutes passaient, plus le dénouement se devinait. Il est des atmosphères particulières qui en disent plus sur le résultat final d’un match très serré que l’analyse de la rencontre. Il planait samedi après-midi à Rome cette ambiance particulière de l’exploit, car le public italien – qui mûrit dans sa connaissance du rugby – savait que c’était possible, et les chefs du Quinze d’Italie (Bergamasco en premier lieu) affichaient une posture à la fois humble et conquérante.


        Une mécanique psychologique qui se dérègle

     De notre côté, la défaite est révélatrice de beaucoup de problèmes profonds. Jusqu’à samedi dernier, les matchs en Italie nous avaient toujours bien réussi. Depuis dix ans, l’équipe de France y montrait une belle envie de jouer et de vivre son rugby, y inscrivant plus de quarante points en moyenne et de nombreux essais. Cette régularité dans un rugby plein d’allant n’était pas anodine : la douce ambiance de Rome, la tranquille légèreté qui baigne ce stade Flaminio à taille humaine, l’absence de pression, conviennent parfaitement à notre caractère. Les Français ne sont jamais aussi bons que quand ils se sentent libres, ne ressentent pas trop de pression et gardent le goût de la vie. Les déplacements à Rome nous offrent cela, contrairement aux pénibles France-Italie à Paris.
Si cette belle mécanique s’est autant déréglée, c’est que quelque chose ne tourne vraiment pas rond…

     Au risque de nous répéter, les changements fréquents voulus par les sélectionneurs depuis trois ans, les choix illogiques, la politique du « joueur en forme du moment » ne permettent pas de construire une équipe. Nous pensions avoir vu le pire avec Bernard Laporte, mais son successeur le surpasse en ce domaine. Il cède ainsi à l’air du temps, ou plane avec : cette dictature de l’immédiateté, cet état d’urgence permanant, qui n’est que la marque d’une absence de sérénité psychologique, cette incapacité à construire tranquillement.
   Plus grave, la politique actuelle mène aussi à la médiocrité. Ainsi, des joueurs d’exception – tant sur le terrain qu’au niveau de l’esprit – seront traités de la même manière que des petits nouveaux qui doivent faire leurs preuves, ou que des joueurs moyens. Or, si les êtres humains ont les mêmes droits, ils ne sont pas égaux, des têtes ressortent toujours du lot et un sélectionneur doit savoir les reconnaître. Mais l’époque est à l’uniformité et au règne sans partage du présent.


       Dictature de l'immédiat et absence de psychologie     

      Nous nous étions étonnés, avant les tournées d’Automne, de ne pas voir figurer dans le groupe certains trois-quarts toulousains d’exception (Heymans, Clerc…), et avions noté la réaction du perspicace Alain Penaud, qui s’était plaint de l’infantilisation provoquée par les discours et la politique de Marc Lièvremont. Depuis, les bisbilles constatées entre le sélectionneur et certains joueurs n’ont fait que renforcer le malaise, et la dernière conférence de presse rend les choses évidentes : ce sélectionneur, ainsi que les instances dirigeantes du rugby national qui l’ont désignées, ne traite pas les joueurs en tant qu’hommes, il les considère comme ses « garçons » et joue à faire de l'ironie mal placée quand un résultat lui déplait (« Vous croyez qu’ils sont capables de s’autogérer ?... » asséné avec un petit air narquois après la défaite). Venant d’un « garçon » de quarante ans qui n’a pas de grands résultats à son actif dans sa courte carrière d’entraîneur, cette attitude a de quoi étonner…

     La faillite des instances dirigeantes du rugby national laisse une désagréable impression de gâchis. Car le vivier français est extraordinairement riche, et il y a aujourd’hui davantage de rugbymen accomplis que sous l’ère Laporte.  Quand on voit les qualités morales et l’esthétique d’un joueur comme Aurélien Rougerie, qui a pleinement assumé son poste de second trois-quarts centre après y avoir été brutalement parachuté, on se demande comment ce joueur a manqué tant de rencontres du Quinze de France ces dernières années. Pêle-mêle viennent à l’esprit les « sanctions » infligées aux toulousains cités plus haut, mais aussi l’écartement des Beauxis, Picamoles, Bastareaud ou Millo-Chluski, tous ayant d’évidentes graines de champion en germe. Et c’est sans compter les joueurs fréquemment « déselectionnés » (Harinordoquy, Chabal…), qui sont au sommet de leurs carrières. Oui, il y a de belles choses à faire et la direction de l’équipe de France gâche le potentiel tricolore.

     Les problèmes du sélectionneur actuel ne sont que l’avatar d’un mal qui touche les instances fédérales, et plus en amont, la société. L’absence de sérénité, le culte de l’immédiateté et la volonté d’uniformisation sont un trait de l’époque. Si nous attendons avec impatience la nomination d’un Berbizier ou d’un Novès à la tête des Bleus, nous doutons que cela puisse arranger tous nos maux. Les yeux braqués sur un seul homme ne sied guère à notre état d’esprit. Une pression énorme posée sur une autre équipe de France comporterait même le risque de détruire davantage notre confiance si les évènements tournaient mal.


           Un mal psychologique profond dans les instances fédérales ?

     Certes, au regard de la qualité de ses joueurs, l’équipe de France montrera sans doute de belles choses à l’avenir, peut-être même durant la coupe du monde, ce qui ne manquera pas de surprendre les observateurs étrangers.
Cependant, tant que règnera dans la fédération le culte tout républicain de l’instant et de la « nouveauté toujours renouvelée » (qui n’en ignore pas moins la Res Publica, la chose publique, tout occupés que sont ses dirigeants à faire régner leurs petites envies ou idéologies personnelles), tant que la politique de table rase dominera les esprits, il n’y aura ni bonheur ni victoire durable.

    Symbole de ce mal idéologique profond qui ronge nos instances, la proposition du président de la fédération – Pierre Camou – de créer des provinces en France, au moment même où le championnat de clubs connaît ses plus grands succès tant auprès du public que des joueurs étrangers. Vous avez dit destruction ?

    Une solution ? Peut-être lier davantage les grandes décisions pour le rugby national à la vie des clubs. Laquelle, en dépit d’un professionnalisme clairement déstabilisant (comme à chaque fois qu’apparaissent des histoires d’argent), représente le rugby français dans toute sa richesse et, en partie, sa sagesse.

Tournoi : le retour de la logique

   
      Après une deuxième journée bizarre, la troisième journée du Tournoi avait consacré le retour de la logique. Le quatrième volet confirme les évolutions profondes de chacune des nations engagées.

   --  L’équipe d'Angleterre continue de se construire, ses nouveaux talents montent en puissance et prennent confiance. Il lui manque des qualités dans le jeu au pied et un peu de génie au niveau des trois-quarts centre, mais, avec l’immense gâchis que constitue la gestion de l’équipe de France (voir plus haut), elle se révèle incontestablement être la meilleure équipe de l’hémisphère Nord.

  --  L’Angleterre aura néanmoins fort à faire lors de son déplacement en Irlande pour remporter le Grand Chelem. Le Quinze du Trèfle est certes vieillissant, et le Tournoi actuel marque le net déclin de la fabuleuse paire D’Arcy-O’Driscoll ainsi que d’une partie des avants du Munster. Néanmoins, après dix ans de victoires et de matchs de très haut niveau, l’Irlande a désormais une connaissance intime de ses propres forces et faiblesses, ce qui en fait une équipe dangereuse. La prendre à la légère, c’est s’exposer à perdre, comme l’a appris à ses dépens l’Ecosse (qui avait choisi de titulariser un jeune ouvreur sans expérience, lequel était passé à côté de son match).

  --  Le Quinze du Chardon a déçu dans ce Tournoi. Nous apprécions le courage de ses joueurs, qui, depuis quelques années, permettent au rugby écossais de ne pas sombrer définitivement dans la plus grave crise humaine et financière de son histoire. Mais en dépit de trois matchs assez serrés (France, Irlande, Angleterre), l’Ecosse a toujours semblé à la traîne dans le Tournoi. Pourtant, des lumières demeurent. Inconnu jusqu’alors, le jeune deuxième-ligne Richie Gray est la révélation des Six Nations, tandis que le nouvel ouvreur Ruaridh Jackson a montré une belle abnégation au combat contre l’Angleterre, rattrapant au passage son match complètement raté contre l’Irlande. La réception samedi prochain d’une Italie en plein élan victorieux sera intéressante à suivre.

  --  Terminons par la plus grande surprise du Tournoi, le Pays de Galles. Après neuf défaites et un nul lors des dix dernières rencontres, les Diables Rouges ont renversé la vapeur et connu trois victoires convaincantes. Le retour de James Hook, titularisé deux fois au poste d’ouvreur, et celui de Jamie Roberts – qui avait disparu de la circulation depuis ses très bonnes prestations avec les Lions britanniques il y a un an et demi – ne sont pas étrangères à cette percée. Le plus étonnant est néanmoins la puissance de ses avants (à suivre, le jeune troisième-ligne aile Sam Warburton), un fait d’autant plus remarquable que le Pays de Galles a perdu sur blessure dès avant le Tournoi ses deux piliers titulaires. Samedi prochain, l’équipe de France aura un adversaire à sa taille pour se racheter de sa défaite en Italie.

vendredi 18 février 2011

Une journée étrange...

La deuxième journée du Tournoi nous a offert un spectacle bien ... étrange.

  Une Italie amorphe

    L'Angleterre a écrasé l'Italie, et les commentateurs ont rivalisé de superlatifs pour louer l'excellent Quinze de la Rose. Il nous a semblé que l'Italie est passée à côté de son match, semblait étonnamment amorphe, en particulier dans son excellent pack d'avants. La fragilité défensive extrême de son numéro 10 Orquera, qui, bien que bon joueur de main, ne pèse lourd ni en défense ni dans le jeu au pied, a considérablement augmenté les difficultés italiennes.
L'Angleterre est en bonne voie dans le Tournoi, gageons que l'Italie offrira un autre visage à ses prochains adversaires.

    Autre étrangeté, l'apparente incapacité écossaise, et la lourde défaîte du Quinze du chardon à domicile (6-24). Si un concours de circonstances explique la compétitivité retrouvée des gallois - neuf défaites et un nul sur les dix derniers matchs, changement d'une grosse partie de l'équipe contre l'Ecosse, notamment des postes charnières (15 - 10 - 8) - , l'Ecosse est retombée dans ses travers. On a crû revoir l'équipe de l'horrible période 2000 - 2005, celle qui était incapable de marquer un essai et de s'arracher aux chaînes qui les enserraient dans les rencontres internationales. L'incapacité des écossais à marquer quand les gallois furent réduits à treize est à l'image de la partie.

  Ecosse : rechute ou passage à vide ?

L'Ecosse de samedi dernier n'était pas celle que l'on a vu contre la France à Saint-Denis, ni celle de la victoire de cet automne contre l'Afrique du sud, pas plus que l'équipe victorieuse de sa tournée d'été en Argentine ou celle qui a vaincu l'Irlande à Dublin l'an dernier. Elle ressemblait davantage à l'atone équipe de la raclée contre la Nouvelle-Zélande en novembre dernier.
Telle une personne en sortie de dépression, l'Ecosse semble rechuter parfois. Cependant, si l'équilibre reste fragile (le rugby écossais traverse la plus grave crise de son histoire), le Quinze du chardon nous semble bel et bien sorti du tunnel. La combativité et l'intelligence de jeu exemplaires d'un Sean Lamont, entré en première période pour remplacer le fantômatique Southwell (d'habitude sûr à son poste), la volonté totale de l'ailier Max Evans, qui n'a jamais été aussi bon depuis que son frère - le grand espoir Tom Evans - a frôlé la tétraplégie (voire la mort, selon ses médecins) l'an dernier dans le Tournoi, seront, espérons-le, des phares pour le rugby écossais.

  En attendant France-Angleterre...

   Nos considérations sur l'équipe de France et le match en Irlande seront réservés à un autre message. Notons néanmoins que les sélectionneurs peuvent dire merci à des joueurs de grande classe largement ignorés ces dernières années, tel Aurélien Rougerie. Nous nous félicitons aussi de la combativité des Bleus en phase défensive, quand la furia irlandaise attaquait notre ligne d'en-but. Enfin, nous pouvons dire merci aux avants irlandais, coupables de fautes flagrantes et inutiles qui nous ont donnés la victoire (6 pénalités tout de même, merci à Parra également !).
Nous nous délectons à l'avance du choc contre l'Angleterre dans un peu plus d'une semaine, mais il nous en faudra plus pour gagner contre le Quinze de la rose. Peut-être se resserrer sur les joueurs d'exception. Les qualités sont là, manque une politique de longue durée.

Ps : nous venons d'apprendre le recrutement de Lionel Beauxis à Toulouse. Une très bonne nouvelle. Peut-être les sélectionneurs pencheront-ils davantage la tête sur les faits d'armes de cet ouvreur si intéressant.

jeudi 10 février 2011

Irlande - France : gare à la première journée des faux-semblants !

    Pour la seconde journée du Tournoi, nous suivrons avec attention la performance de l'Ecosse et le déplacement de Quinze de France en Irlande, un moment toujours particulier en dépit de la destruction du vieux stade de Lansdowne Road qui correspondait si bien à l’état d’esprit irlandais.

L'Irlande sera difficile à battre dans ce Tournoi

   L'Irlande n'a gagné que de deux petits points en Italie samedi dernier, mais cette rencontre est un faux-semblant de la compétitivité irlandaise. Face à l’excellente défense italienne, le Quinze du Trèfle a réussi à percer de nombreuses fois, failli marquer des essais et refuser de taper les ballons au pied… Les irlandais nous ont pourtant semblé peu motivés, un peu endormis en ce début de Tournoi, et de nombreux joueurs manquaient à l’appel (ainsi, l'équipe comptait dans ses rangs deux piliers et un arrière quasi novices, tandis que le troisième-ligne centre n’était que le troisième choix suite à des blessures ; dimanche le numéro 8 titulaire sera de retour).

  Néanmoins, alors même que nous entrons dans la phase descendante de l’ère O’Driscoll (avants du Munster, trois-quarts centres…), le groupe irlandais nous semble être encore plus homogène et plus serein que par le passé, plus sûr de lui, car ayant une conscience très fine de ses forces et de ses faiblesses. La facilité, la rapidité et la sérénité avec lesquelles les irlandais sont revenus au score à deux minutes de la fin du match, juste après un essai italien qui mit le feu au stade, est selon nous révélateur de cette profonde confiance intérieure. Pour peu que l’Irlande retrouve un peu de son fighting spirit d’antan (et peut-être aussi quelques joueurs actuellement blessés), elle pourrait bien être l’équipe à battre dans ce Tournoi.

   Des internationaux de classe, une défense qui manque de repères

    L’équipe de France donne l’impression contraire. Alors que nous possédons un formidable vivier de joueurs, et des internationaux qui ont une classe et sont d'une noblesse admirables, les dirigeants français du rugby – ou plutôt ses fameuses « élites » - entretiennent le changement permanent et n’ont aucune vision de longue durée. On peut également s’étonner de l’incapacité des sélectionneurs à remarquer les joueurs d’exception, qui sont souvent à bien des égards des êtres très particuliers sur le plan mental. Samedi dernier, les titulaires ont fait honneur à notre beau maillot bleu, attaquant avec fougue et montrant pour certains des qualités exceptionnelles (Médard, Rougerie, Servat, Dusautoir…).
 Mais l’absence d’homogénéité dans l’équipe – comment bien jouer ensemble quand on n’a jamais joué ensemble ? – le soudain parachutage de certains joueurs en forme mais pas encore tout-à-fait confirmés (Huget, Pierre, et même Mermoz) ont une conséquence immédiate : une défense fébrile. Trois essais encaissés contre une Ecosse qui en d’autres temps aurait craqué, combien contre l’Irlande ou l’Angleterre ? Cela ne dépend pas suffisamment de nous.

Une courte vidéo des joutes terribles disputées dans l'ancien Lansdowne Road (et ce public si fougueux et sympathique qui déborde de joie ... et des tribunes ) :



   L'Angleterre se construit tranquillement, Galles semble perdu

  L’Angleterre confirme son retour après quelques années de brouillard, grâce à des avants toujours solides, leurs nouveaux trois-quarts rapides et sûrs, et un Toby Flood qui commence à prendre une belle ampleur au poste d’ouvreur. Un classique qui a toujours fait les grandes équipes d’Angleterre. Mais gare, la perfide Albion est toujours en construction.

  Le Pays de Galles ne peut en dire autant. Nous reviendrons une prochaine fois sur l’étonnante évolution en dents de scie des Diables Rouges ces dernières années. Une remarque d’ors et déjà : leur extraordinaire entraîneur Warren Gatland, qui avait été l’un des grands artisans de l’élévation de l’Irlande il y a un peu plus de dix ans, qui avait si bien dirigé les équipes des Wasps et de Waikato par la suite, n’arrive pas à avoir affaire avec les Gallois. Ces derniers sont parfois difficiles à saisir, ils fonctionnent sur des longueurs d’ondes très particulières que de toute évidence M. Gatland ne parvient pas à capter.

vendredi 4 février 2011

Aah, le bon vieux Tournoi !...


    Le Tournoi va commencer, c’est à chaque fois un délice en ce début d’année. Tout d’un coup ressortent les images de la tendre enfance, les matchs rudes et fougueux en Irlande, les confrontations à la tombée du jour dans la mystérieuse Ecosse, alors que des champs de cornemuse transpercent la brume, les défis chaque fois renouvelés contre l’Angleterre, l’assurance de jolis matchs contre les gallois… Le public, la chaleur humaine, la découverte d’autres contrées, d’autres identités, la courtoisie obligatoire…
Voici le Tournoi !

   La rencontre de ce soir sera très intéressante. Non par la tranquille détestation réciproque que ressentent anglais et gallois, mais parce que les premiers sont en train de sortir de quelques années de brouillard (avec une ligne de trois-quarts à surveiller de près), et les seconds toujours capables d’être très compétitifs (comme ils l’ont montré contre la Nouvelle-Zélande en novembre dernier).

  Allez, un petit pronostic ? Eh bien, le Tournoi de cette année a beau être très ouvert (ainsi le niveau de l’équipe de France et d’Irlande constituent deux grandes inconnues), je vais néanmoins avancer un petit avis : victoire de l’Angleterre et bonne place de l’admirable Ecosse (il faut remonter à 2006 puis 1999 (victoire) pour voir l’Ecosse remporter trois victoires dans le Tournoi).

Un petit plaisir pour mettre en bouche avant le début du Tournoi, l'hymne gallois depuis les tribunes :

jeudi 3 février 2011

Dernier regard sur les tournées d'automne : une image de l'année 2011 ?

   Alors que va débuter le Tournoi en cette fin de semaine, un dernier coup d’œil dans le rétroviseur pour revoir les tournées d’automne, riches d'enseignements.


      La Nouvelle-Zélande au sommet 

  Premier enseignement, rarement une équipe aura autant dominé le rugby mondial que la Nouvelle-Zélande de ces dernières années. Les Blacks, qui ont battu toutes les nations des îles britanniques en marquant une moyenne de 4,5 essais par match, paraissent encore plus forts que lors de la période 2005 – 2007, celle qui avait vu les hommes en noir écraser les Lions britanniques et ne connaître que 3 défaites en 28 matchs.
 Avant la tournée dans l’hémisphère Nord, la Nouvelle-Zélande a réussi un « grand chelem » dans le tri-nations malgré l’interminable nouvelle formule (6 rencontres), une première. Cette fois, c’est sûr, la Nouvelle-Zélande gagnera la coupe du monde.


      Talent national gâché 

  En France, les sélectionneurs restent dominés par leurs besoins de bougeotte, si bien qu’aucune équipe ne peut voir le jour durablement. Cela fait plus de dix ans que ça dure, plus de dix ans que le quinze national connaît des moments d’espoir suivis de roustes insupportables. La défaite contre l’Australie (16-59) aurait pu être évitée, nous avons un vivier de joueurs extraordinaires qui ne demandent qu’à éclore, mais nous cultivons l’instabilité extrême à l’instar de notre régime politique. Manque flagrant de sérénité, non chez les joueurs, mais dans la tête des « élites » rugbystiques. Ma foi, l’équipe de France rassemble en miniature les problèmes du pays…

 La sélection du Quinze pour le premier match du Tournoi ne nous rassure pas outre mesure. Gageons qu’en 2011, le rugby français connaîtra encore des joies (considérées comme des surprises à l’étranger) et des blocages pénibles.


     L'Angleterre de retour, les îles du Pacifique très compétitives

  Après avoir dominé le rugby mondial dans les premières années du millénaire, la perfide Albion a régressé petit à petit, pour tomber très bas dans les premiers temps de l’ère Martin Johnson. Mais la faiblesse rugbystique des anglais n’a que trop duré, et il faut s’attendre à les voir revenir dans le jeu des grandes puissances de l’Ovalie.
 Emmenés par une nouvelle ligne de trois-quarts pétillante – à l’instar de l’arrière Ben Foden, feu-follet droit comme un I – et des espoirs comme le demi de mêlée de 21 ans Youngs, l’Angleterre a battu l’Australie chez eux cet été, résisté face à la Nouvelle-Zélande cet automne puis superbement dominé les wallabies à Twickenham (35-18). Il va falloir s’attendre à revoir les hommes en blanc en haut de l’affiche dans les prochaines années.

  L’autre information du mois de novembre est la compétitivité retrouvée des îles du Pacifique. Les Samoa, historiquement la meilleure d’entre elles, n’a perdu que de dix points en Irlande, donné du fil à retordre à l’Angleterre, puis a frôlé l’exploit contre une Ecosse légèrement remaniée (défaite 19-16 avec une pénalité litigieuse pour le quinze du Chardon à la dernière seconde). Quant aux Fidji, ils ont de nouveau mis à mal les gallois, avec un match nul rarissime (16-16). Même les Tonga de loin la moins forte des îles, ont connu leur heure de gloire avec une victoire contre les Barbarians français. De bon augure pour la coupe du monde néo-zélandaise, en plein océan Pacifique…

samedi 4 décembre 2010

L'étrange irrégularité du Quinze de France depuis dix ans

La déroute soudaine et inattendue du Quinze de France face à l'Australie il y a une semaine a laissé une désagréable impression de "déjà vu". Réaction à froid et statistiques.

Cela fait dix ans que l’équipe de France est ballotée par les petites envies de ses sélectionneurs, dix ans que les talents passent et que l’inconstance règne… Quand va-t-on se décider à construire enfin une équipe ? On ne compte déjà plus les charnières utilisées par Marc Lièvremont depuis deux ans, mais avant lui Bernard Laporte l’avait surpassé en ce domaine. C’est un exemple parmi d’autres de l’impossibilité de poser de solides fondations, et d’éviter des débâcles comme celle de samedi.

Certains remarqueront que l’équipe de France n’en a pas moins gagné trois grands chelems durant la décennie. En 2002, 2004 puis 2010. Plutôt que de s’attarder sur les compétitions en question (les victoires de 2004 et 2010 étaient médiocres et n’ont concrètement débouché sur rien), je vais avancer une idée simple : les belles victoires de la France ces dix dernières années, on les doit à la richesse du vivier français, non à la justesse de vue ou à la qualité relationnelle des sélectionneurs. Voilà pourquoi si souvent de belles victoires sont suivies de matchs-néant.
La particularité très française du « tomber bas – remonter haut » n’explique pas tout. Parlons du grand chelem de 2004 : six mois plus tard, on perd 6-45 face à la Nouvelle-Zélande à Saint-Denis.
En 2006, après un bon Tournoi et une victoire de prestige en Afrique du Sud (26-36), l’équipe de France s’étale à l’automne contre la Nouvelle-Zélande (3-47), en 2009 on subit l’une de nos plus grandes défaites face à une Angleterre quelconque (34-10), en 2010 on gagne le Grand Chelem pour prendre 59 points à domicile face à l’Australie.
A inconstance chronique des sélectionneurs, résultats irréguliers… Voilà peut-être la raison pour laquelle on ne parvient pas à concrétiser nos temps forts depuis plusieurs années.
Il est temps également de s’interroger sur le mode de sélection des futurs entraineurs en chef. Si l’on veut éviter de tels désastres, il est nécessaire de s’intéresser aux choix des sélectionneurs, à ceux qui détiennent les vraies rênes de l’équipe de France. Qui décide ? La Fédération française de rugby, qui cultive un certain goût du secret et de la surprise, comme l’a montré la nomination de Lièvremont à l’été 2007. Sont-ils aptes à continuer de choisir seul ? A voir… Je pense que les choix de nomination des sélectionneurs gagneraient à être ouverts à plus de monde, pourquoi pas la Ligue nationale qui représente le rugby professionnel ? Nous y reviendrons.

lundi 29 novembre 2010

L'horrible claque

59 points encaissés (contre 16 petits points marqués), c’est l’une des plus lourdes défaites du Quinze de France. Un match à rapprocher de celui de 1997 contre l’Afrique du sud (plus que les 61 points encaissés en Nouvelle-Zélande en 2007 par une équipe de France 3). Pour la dernière rencontre au Parc des Princes, le Quinze national avait prit l’eau de toute part pour un 10-52 logique. Quoique… La rouste de samedi est pire encore.

Elle est pire parce que l’Australie d’aujourd’hui n’est pas l’Afrique du sud de 1997. Certes elle possède des talents en devenir, notamment dans sa ligne de trois-quarts pétillante – au sommet samedi soir –, nous y reviendrons dans un futur message. Mais enfin… Elle est en construction. Si la première mi-temps a montré que l’Australie était supérieure aux Bleus du jour, le score était somme toute serré, et les avants français mirent à mal la mêlée australienne à plusieurs reprises. Néanmoins, l'incapacité de l'attaque annonçait déjà les difficultés de la deuxième partie de match.

En seconde mi-temps, les joueurs français lâchèrent psychologiquement. 46-3 en une mi-temps après une première période terminée sur un 13-13… Comment l’expliquer, si ce n’est par un décrochage mental ? On a soudain vu une défense tricolore lente, dépassée à chaque accélération, une équipe vide, sans âme. Pourquoi ?
Je pense que le décrochage observé samedi dernier trouve son origine dans les dernières semaines – au moins – de l’équipe de France. Elle s’explique par le doute permanent instillé par les sélectionneurs dans la tête des joueurs, par cette politique systématique et technicienne du « Je prends les joueurs en forme » [voir billet du 15/11 – La revanche de Toulouse], qui détruit un groupe, qui est injuste envers les chefs naturels et les grands talents. On ne peut pas passer son temps à changer les Quinze de départ, à mettre le bonnet d’âne à des types de grande envergure sous prétexte qu’ils ne sont pas en forme avec leurs clubs depuis un mois, à lancer des petits nouveaux dans un groupe sans cesse remanié et sans cohésion, puis se plaindre de voir l’équipe se déliter soudainement.
Au fond, la débâcle de samedi dernier est très logique. Il est possible de résister un peu face à une grande nation, mais on sombre vite s’il n’y a aucune âme collective.

A ce titre, nous reviendrons d'ici la fin de l'année sur les débâcles de l'équipe de France ces dix dernières années. Des défaites très lourdes quelques mois après de belles promesses, il y en a eu d'autres dans l'histoire des Bleus, particulièrement dans la dernière décennie. Une période qui correspond étonnamment à la bougeotte de sélectionneurs avides de changements (l'ère Laporte étant peut-être encore pire que l'ère Lièvremont à cet égard). Nous y reviendrons dans un prochain message.

jeudi 25 novembre 2010

Lumière noire...

   La Nouvelle-Zélande a de nouveau frappé fort. L’Irlande du jour n’était pas l’Ecosse lente et courageuse de la semaine dernière, mais l’addition est sans appel : 18-38 et quatre essais à la clef. Le Quinze du Trèfle, qui avait été un adversaire coriace ces dernières années, a sombré en 2010 face à des Blacks au sommet. Cet été, le déplacement en Nouvelle-Zélande s’était déjà soldé par un lourd 66-28 (après avoir reçu un carton rouge à la 15ème minute). On ne peut pas dire que l’Irlande ait démérité samedi dernier. Jusqu’à l’essai de Read à la dernière minute, le match avait pris la tournure d’une course à distance, avec des irlandais qui avaient largement été devancés au début de la deuxième période avant de contenir la marée noire.

  La Nouvelle-Zélande est plus que jamais l’épouvantail du rugby mondial. Rarement une équipe aura autant dominé au niveau international, et ce malgré la multiplication des matches qui augmente les risques de défaite. Avec des joueurs comme Daniel Carter, qui est déjà entré dans le panthéon des grands ouvreurs de l’histoire, ou le grand capitaine McCaw, la Nouvelle-Zélande semble encore plus forte que lors de la période 2005 – 2007, celle qui avait vu les hommes en noir écraser les Lions britanniques et ne connaître que 3 défaites en 28 matches (jusqu’avant la Coupe du monde et la défaite contre l’équipe de France).

Cette année, elle atteint un sommet : deux victoires très larges lors des tournées d’été (contre l’Irlande, puis contre Galles 42-9), un « grand chelem » dans le tri nations malgré l’interminable nouvelle formule (6 tests pas pays) – c’est une première dans l’autre hémisphère – , suivi de trois victoires de rang dans les îles britanniques, dont une attaque déchaînée jusqu’au bout contre l’Ecosse il y a dix jours (3-49), dont voici une courte vidéo des essais néo-zed (les commentaires sont en anglais) :

 

Le seul bémol à apporter a été l’attitude de « laisser venir » adoptée contre les anglais lors du premier test de la Tournée des îles britanniques. Après avoir rapidement et facilement pris le large en première période, les néo-zélandais ont été clairement dilettantes, et permis aux anglais de se rapprocher au score. Une attitude logique pour qui est trop fort, mais veut rester diplomatique. Une attitude qui ne laissera pas de chance lors de la prochaine coupe du monde, qu’ils ne doivent pas manquer. Une petite piqure de rappel avant « leur » coupe du monde ne serait pas mauvaise, dans le tri nations cet été ou, pourquoi pas, contre la France lors de la première grande rencontre de la compétition de l’automne prochain... Elle assurerait sans doute à la Nouvelle-Zélande un sacre mondial si mérité.


lundi 15 novembre 2010

La revanche de Toulouse

      Les toulousains ont mal vécu d’avoir été mis à l’écart du groupe initial de l’équipe de France pour les tournées d’automne. Fin octobre, à l’annonce des joueurs retenus, ils avaient dit leur malaise à demi-mot ; leur entraîneur Guy Novès l’avait souligné avec moins de retenue et une ironie amère : « C'est qu'on ne doit pas être bons... ».  La décision du sélectionneur de ne pas choisir certains joueurs cadres (Heymans, Clerc, Poitrenaud…) ou des jeunes en devenir (Picamoles…) avait pu paraître étonnante, à un an de la coupe du monde. Pas seulement par le talent qu’ils offrent, mais aussi par l’expérience vécue.

   Une bonne partie des hommes ignorés (les toulousains ne sont pas les seuls) ont connu des moments d’adversité et d’émotion intenses : le Grand Chelem dans le Tournoi l’an passé, la très belle victoire contre l’Afrique du Sud il y a un an, mais aussi et surtout la Tournée en Nouvelle-Zélande à l’été 2009. La Quinze national y avait gagné ses titres de noblesse : une victoire sur le sol néo-zélandais, un évènement rarissime pour une équipe de l’hémisphère Nord (les deux dernières victoires du Nord en Nouvelle-Zélande remontent à 2003 avec une Angleterre au sommet du monde et à 1994 durant la fabuleuse Tournée victorieuse de l’équipe de Pierre Berbizier et son « essai du bout du monde »), suivi d’une courte défaite (14-10).

  Les hommes qui disputent ce genre de matches ne peuvent être ignorés. Ils ont montré non seulement qu’ils avaient du courage, du talent, de l’abnégation et du sang-froid, mais qu’ils possédaient cette étincelle en plus, un esprit de mousquetaire, une liberté assumée. Fougueux mais pas fous, talentueux mais solides, harmonieux dans leurs jeux et relativement sereins dans leurs têtes, tout ce qui a fait de grandes équipes de France, en somme… Beaucoup de toulousains en faisaient partie.

Pour que les talents et les qualités humaines éclatent au grand jour, il est préférable de tourner la page du démocratisme sportif ambiant, qui veut qu’ « on ne choisit que les joueurs en forme ». Les joueurs du moment, ceux d’hier n’ont plus le droit de citer, ceux de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui… On institue le doute et l’instabilité permanente. On cherche à créer une réaction chez des hommes qui sont au-dessus de ça. Et, d’une certaines manière, on infantilise les joueurs, comme l’a si bien remarqué l’ancien ouvreur international Alain Penaud dans une de ses dernières chroniques (« Je me mets à la place des joueurs. A un moment donné, il faut arrêter de se comporter comme un instituteur. On tape sur les doigts, on met le bonnet d'âne. On infantilise un peu les internationaux. »). Pensez-vous que les qualités des uns et des autres s’égalisent, que tout le monde peut être un chef naturel ? Eh bien non. Et des joueurs d’exception seront maintenus sous le boisseau toute leur carrière par l’implacable loi de « la forme du moment », quand-bien même elle ne dure que deux mois.

  Ainsi va souvent l’équipe de France, dont l’énorme potentiel ne peut jamais pleinement s’affirmer faute de bénéficier de fondations solides. En attendant, les joueurs toulousains écartés ont fait vrombir le cor dans l’air du temps : en écrasant un Toulon pourtant combattif (44-5 et 6 essais) puis en s’imposant avec la manière sur le terrain de Bourgoin malgré la pluie (11-35 et 4 essais), ils ont prouvé que le panache et la réussite ne se trouvaient pas dans un démocratisme sportif trop logique. Il est ailleurs…