lundi 12 mars 2012

France : fébrilité passagère

     Nous analyserons le présent Tournoi quand il sera terminé. En attendant, nous ne changeons pas grand-chose à ce que nous avions écrit suite aux deux premières journées (http://www.lerugbyinternational.blogspot.com/2012/02/tournoi-les-premiers-enseignements.html).

Un mot sur l’équipe de France, qui sort d’un match nul contre l’Irlande et d’une défaite contre l’Angleterre à domicile. Les deux fois, les Bleus ont déjoué en première mi-temps, concédant des essais soudains et non construits, avant de se reprendre et de dominer en seconde période.

Ce que nous croyons distinguer, c’est une volonté de trop bien faire (cf l'énorme déception après le match nul contre l'Irlande), qui se traduit par une forme de précipitation sur le terrain. Une facilité dans la manière de mener certaines actions, aussi, qui n’a pas pardonné contre l’Irlande (sur le premier essai de Bowe) et l’Angleterre (essai de Tuilagi). Est-ce parce que le Quinze national est enfin dirigé par un entraîneur « normal », après douze années de politique délirante (ère Laporte et surtout Lièvremont) ?

Quoiqu’il en soit, nous ne sommes pas inquiets. Certes, quelque chose doit clocher dans les entrainements défensifs. Mais Philippe Saint-André pratique une politique dans la durée et sait reconnaitre les hommes forts, ce qui est de loin le plus important. Il faut savoir être patient.

De grands talents dans l’effectif

     Les hommes forts, parlons-en.
Depuis leur retour en place de titulaire, Harinordoquy est exceptionnel et Poitrenaud presque parfaitDusautoir est plus que jamais le mur de fer de l’équipe de France, et assume naturellement le capitanat. Maestri monte en puissance, Szarzewski sait sonner la révolte quand il le faut, tout comme Debaty, qui devra bientôt prendre la relève des magnifiques première-ligne que sont Mas et Servat.

Derrière, Rougerie est le meneur de la ligne de trois-quarts et les ailiers de qualité ne manquent pas, à l’instar de Malzieu, incroyablement ignoré par Lièvremont. Mermoz ou Fofana sont talentueux. Ce dernier est un drôle de cas : 4 essais en 4 matchs dans des situations similaires (le coup de rein décisif pour franchir l’en-but après un gros travail des équipiers), une capacité d’accélération énorme, et une attitude humble à l’opposé de la starification étrange qu’essayent de monter les journalistes de France 2. A l’envers de la médaille, le joueur se préserve beaucoup : durant ses deux premiers matchs, il a touché moins de ballon que l’un au moins des deux ailiers, ce qui est très anormal pour un trois-quarts centre ; en défense ou sous les chandelles, la différence avec son compère Rougerie est flagrante. Ce n’est finalement qu’en passant à l’aile (suite à une réorganisation des lignes arrière contre l’Angleterre) que Fofana nous a paru plus à l’aise et plus présent dans le jeu. Au regard de ses capacités physiques, n’est-ce pas à ce poste qu’il devrait évoluer ?

N°9 et 10 : une importance charnière

     Le seul espace flottant est la charnière. Malgré les vingt titularisations groupées de Parra et de Trinh-Duc, il manque quelque chose au duo. En dépit de sa grande volonté et d’une confiance montante, Parra (23 ans seulement) est encore un peu frêle, tandis que le jeu au pied de Trinh-Duc ne suit pas sa vista à la main.
Contre l’Angleterre, Dupuy n’a pas assumé pleinement son rôle de demi de mêlée (qui doit donner des indications, influencer le jeu au près etc) ; cela explique en partie la désorganisation et les hésitations des avants derrière les regroupements.
Beauxis, en revanche, a fait du bien. A force de titulariser des ouvreurs à pied de crevette, on avait oublié l’importance d’avoir un n°10 sachant dégager au loin sous la pression, être capable de mettre des drops et rentrer des pénalités de cinquante mètres. L’homme a des capacités rugbystiques exceptionnelles. Il est temps de lui faire confiance en lui accordant plusieurs sélections d’affilée.

mercredi 15 février 2012

Tournoi : les premiers enseignements


    Deux premières journées intéressantes malgré la décision étonnante du match France-Irlande (voir le post-scriptum).

 -- L’Angleterre a peiné en ce début de Tournoi, et l’on ne donne pas cher de sa peau contre l’Irlande, la France et Galles. Parmi les rares satisfactions, le sang-froid épatant du trois-quarts centre de 20 ans Owen Farrell, imperturbable dans ses coups de pied et en défense.

 -- A défaut d’être de grands seigneurs, les joueurs gallois sont très forts, et le système défensif mis en place par Warren Gatland est toujours aussi efficace. Le Pays de Galles est en train de vivre une troisième phase de succès depuis son éclosion en 2004 ; celle-ci pourrait durer plus longtemps.

 -- L’Ecosse retombe dans ses travers, soit le manque d’efficacité. De grosses occasions d’essais manqués contre l’Angleterre, des phases de domination stériles contre Galles… Pourtant, l’état d’esprit nous semble positif. En outre, les deux ouvreurs essayés jusqu’ici n’ont pas tout-à-fait convaincu. Pour le moment, le grand espoir Duncan Weir reste sur le banc.

La révélation de ce début de Tournoi, car il y en eut, est écossais : c’est le numéro huit David Denton, 22 ans, superbe contre l’Angleterre et souvent présent au bon endroit dans le match difficile contre Galles.

 -- L’Italie s’améliore encore et toujours. A défaut de victoires, elle ne nous semble plus risquer de prendre des roustes par les meilleurs. C’est un excellent signe de progression. Leur capitaine, Sergio Parisse, s’affirme comme l’un des meilleurs troisième-ligne centre de l’hémisphère Nord, si ce n’est le meilleur.

L'équipe de France sur la bonne voie

 -- Enfin et surtout, l’équipe de France nous a fait plaisir durant la première journée. Pas de grandes envolées, certes, mais la crispation habituelle lors des réceptions de l’Italie a été rangée au placard. La défense nous a paru convaincante. Première sélection sans faute pour Fofana au centre.
N’en déplaise au médiocre commentateur de France Télévisions – qui se plait à faire de la discrimination ‘positive’ pour des jeunes talents qui n’en ont pas besoin (« Wesley Fofana ! Wesley Fofana ! ») –, les joueurs qui ont crevé l’écran contre l’Italie étaient les types extraordinaires oubliés par Marc Lièvremont : l’ailier Julien Malzieu, à qui il reste deux à quatre ans de carrière, le troisième-ligne centre Louis Picamoles… Mais aussi Aurélien Rougerie, encore une fois parfait, dont on se demande pour quelle raison il n’est pas titulaire indiscutable depuis l’ère Laporte.
Bref, on a hâte de voir la suite (avec Beauxis à l’ouverture, si possible).



 Post-scriptum : l’arbitre de France-Irlande et l’organisation du Stade de France auront eu besoin de deux bonnes heures pour déclarer le terrain gelé, alors que l’enceinte était pleine comme un œuf.
Il n’en fallait pas plus pour que certains se précipitent dans la brèche et lancent un débat sur la construction d’un stade muni d’un toit. Nous savons bien que l’homme moderne a l’obsession de se défaire des contraintes de la nature, mais il est plus sain de faire avec. Le rugby sans les éléments ne serait plus tout-à-fait du rugby.
Plutôt que de se perdre dans de telles conjectures, il nous parait plus intéressant de pointer du doigt ce qui n’a pas fonctionné samedi pour éviter que ce genre d’évènement ne se reproduise.

Au mieux, il s’agit d’un manque d’organisation patent de l’arbitre et des responsables du Stade de France, qui ont attendu l’heure du coup d’envoi pour annoncer l’annulation de la rencontre (et qui auraient préalablement décliné l’offre de France Télévisions de jouer dans l’après-midi).
Au pire, d’une décision suspecte : quand on se rappelle de l’Italie-Angleterre joué sur la neige le même jour, des températures bien pires qu’a déjà connu le Stade de France ces quinze dernières années, et du projet à plusieurs dizaines de millions d’euros qui traine dans les cartons (pour la construction d’un stade fermé), il y a de quoi de se poser des questions.

jeudi 2 février 2012

Un Tournoi du renouveau ?


         Nous avions anticipé en 2011 un Tournoi ouvert remporté par l’Angleterre. Pour autant, la compétition n’avait pas été des plus passionnantes. Cette année devrait rattraper la déception. Certes, les Tournois suivants les coupes du monde n’ont jamais été très relevés, mais le rendez-vous en Nouvelle-Zélande a lui-même frôlé le ridicule. Alors…


     En France, les joueurs sont soulagés. La catastrophique période Lièvremont est révolue. Un homme qui juge autant les performances que les qualités intrinsèques de ses hommes a enfin pris la tête du Quinze national. Philippe Saint-André est reconnu et respecté. Il semble posséder les capacités d’entraîneur et les qualités humaines qui conviennent à la prise en charge d’une grande équipe.
Seul ombre au tableau, il n’a jamais mené que des clubs de fait étrangers : Sale outre-Manche, tout d’abord, qui a gagné le championnat en 2005-2006, puis Toulon, à une époque où le club était rempli de stars venues d’ailleurs. Saura-t-il bien coller à l’état d’esprit de nos internationaux ? Croisons les doigts.

Saint-André, ou la fin de l'ère Lapasset

     Son arrivée à la tête des Bleus coïncide avec le retour de joueurs extraordinaires trop longtemps ignorés : Picamoles, Malzieu, Beauxis… Ce dernier a enfin trouvé un club à sa taille, explosant toutes les moyennes avec Toulouse. Il est sans doute l’ouvreur que la France attend depuis le passage de l’exceptionnel Christophe Lamaison à la fin des années 90. On espère vite le voir comme numéro 10.

     La France du rugby ne tourne pas seulement la page Lièvremont : elle achève l’ère Lapasset. L’ancien inspecteur des douanes devenu président de la Fédération française de 1991 à 2008 peut se targuer d’avoir été régulier : il a toujours choisi les sélectionneurs sur des critères contestables. Parmi eux, dans la presque totalité des cas, une expérience peu poussée et la priorité donnée aux programmes à courte vue (prendre les joueurs « du moment », choix orientés en premier lieu par des critères physiques etc…). Marc Lièvremont n’était que le dernier d’une longue liste, le plus extrême aussi. Si la sérénité n’est pas encore revenue au sein de la fédération, il est clair que le choix de Philippe Saint-André tranche radicalement avec la politique menée auparavant.

Ni la France ni l’Angleterre ne sont favoris…

     L’attente est très forte en France ; elle ne l’est pas moins au Pays de Galles et en Ecosse.

Dans le premier pays, on voit déferler des jeunes talents tous les ans, et la coupe du monde nous a encore ébahis sur ce point (Warburton, North, Davies). L’excellent entraîneur Warren Gatland semble enfin avoir pris la mesure de la psychologie très particulière des Gallois, ce qui explique sans doute la régularité retrouvée du Quinze du Poireau depuis dix-huit mois. Selon nous, le Pays de Galles pourrait co-dominer le rugby du Nord dans les prochaines années.

Quant à l’Ecosse, on y observe un renouveau qu’on n’espérait plus  (lire http://www.lerugbyinternational.blogspot.com/2011/11/vers-une-resurrection-ecossaise.html). Le pays connait un afflux de joueurs talentueux qui ne sont pas traumatisés par les défaites successives. En coupe d’Europe, Edimbourg a terminé premier de sa poule, une première pour un club écossais. Glasgow a fini deuxième mais n’a pu se qualifier. Ce n’est qu’un début, et – bien qu’il lui faudra du temps – nous avons hâte de voir le nouveau Quinze du chardon à l’œuvre.

     L’Irlande ne nous parait pas être une favorite indiscutable. Si ses provinces explosent tout en coupe d’Europe, le Quinze du Trèfle a sans doute vécu l’apothéose ces trois dernières années. Et, à l’automne, il a manqué l’occasion idéale de se qualifier pour la première fois de son histoire en demi-finale de la coupe du monde. Un signe… L’Irlande restera néanmoins un prétendant sérieux à la victoire finale.

Un pronostic difficile

     Hormis l’équipe de France, la plus grande incertitude concerne l’Angleterre. On la croyait repartie sur des bases saines, mais la démission récente de l’entraîneur Johnson montre une désorganisation évidente. Le Quinze de la Rose est en danger : face à la compétitivité de l’Irlande et de Galles, au renouveau de la France et de l’Ecosse, il pourrait connaître l'un de ses pires classements depuis des années.
Difficultés à prévoir aussi pour l’Italie, dont on suivra avec attention les premiers pas sous la direction de Jacques Brunel.

    -- Pronostic difficile, donc, pour ce Tournoi. Nous parions volontiers sur une absence de Grand Chelem, et, avec moins d’assurance, sur une victoire de l’équipe de France…


PS : Mourad Boudjellal, l’homme qui avait racheté le RC Toulon en 2006, vomit l’arbitrage dans le top 14 suite à une défaite face à Clermont (« sodomie arbitrale »), puis s’en prend au rugby français dans son ensemble, parlant d’un « sport réac », « raciste », dont les supporters seraient de « vieux cons ». Le personnage montre sa nature profonde.
Nous nous étonnons de la passivité des autres dirigeants français, qui se contentent de qualifier ses propos d’ « injustes », et de la clémence de la Ligue nationale, qui le sanctionne pour la forme. Et nous n’avons qu’une chose à dire à ce nouveau riche aux réactions de rebeu caricaturales : Boudjellal, dégages !

mardi 22 novembre 2011

Vers une résurrection écossaise ?


      C’est la grande nouveauté de ce début de coupe d’Europe : les franchises écossaises semblent être compétitives. A première vue, c’est une incongruité.

    En effet, l’Ecosse traverse depuis dix ans la plus grave crise de son histoire : vivier de joueurs réduit à la portion congrue, désintérêt du public (seulement 5000 spectateurs à Murrayfield le week-end dernier pour le match d’Edimbourg), problèmes financiers dans les clubs et à la Fédération.

Certains dirigeants étaient conscients des problèmes profonds du rugby écossais, tel l’ancienne gloire John Jeffrey, qui estimait que cette crise reflétait un changement sociétal. Par petits pas, des opérations furent entreprises ces dernières années, visant toutes à redorer le blason du sport national dans le cœur des jeunes.

Déferlement de jeunes talents

    Depuis quelques temps, il se murmurait au fin fond des vallées encaissées que des joueurs prometteurs allaient arriver sur le devant de la scène. A l’instar de la brume qui envahit fréquemment les collines d’Ecosse, un filtre nous empêchait de discerner la pertinence des rumeurs.
La saison des clubs écossais l’an passé ne changeait pas des quinze dernières années : une litanie de défaites en coupe d’Europe. Quant au Quinze national, il a été éliminé dès les phases de poules lors de la dernière coupe du monde, une première depuis la création de cette compétition.

    Il aura fallu attendre le mois de novembre 2011 pour voir la brume se dissiper. La vision est éclatante.

Emmené par Harry Leonard à l’ouverture (19 ans), Matt Scott en premier trois-quarts centre (21 ans), ou encore Stuart McInally au poste de n°8 (21 ans), la franchise d’Edimbourg a gagné ses deux premiers matchs en coupe d’Europe et mène dans sa poule.
L’étincelle de la gagne semble revenue dans le camp écossais, avec des victoires d’un point contre les London Irish et le Racing-Métro. La rencontre face à l'équipe de Berbizier est symbolique de la nouvelle dynamique écossaise : mené de 21 points en seconde mi-temps, Edimbourg inversa la vapeur, étouffant le club parisien par son enthousiasme, et gagna 48-47.

    Glasgow semble également redevenir compétitif, avec une victoire contre Bath, avant sa nette défaite chez les champions d’Europe en titre (38-13 contre le Leinster). Pas moins d’un tiers de l’équipe-type est âgé de moins de 22 ans, et des joueurs comme l’arrière Stuart Hogg (19 ans) retiennent déjà l’attention.

Or, des ouvreurs talentueux, des trois-quarts compétitifs, c’est tout ce qui manquait au Quinze du chardon ces dernières années, lequel n'a gardé la tête hors de l'eau que grâce à ses avants très mobiles.

La France en retard

    Ce vent de fraicheur, on le retrouve également au Pays de Galles, où Llanelli a remporté ses deux premiers matchs malgré la titularisation de très jeunes joueurs (un n°8 âgé de 22 ans, une paire de centre de 22 ans, un ailier de 19 printemps…). Même l’Irlande voit l’éclosion de garçons prometteurs, comme le n°13 O’Malley (23 ans) qui remplace provisoirement mais avec succès O’Driscoll au Leinster, ou le troisième-ligne Peter O’Mahony (22 ans), intéressant avec le Munster.

    Cette dynamique très positive dans les pays celtes contraste avec ce qui se pratique en France, où le déferlement de joueurs étrangers confirmés freine le lancement des jeunes talents dans nos clubs. Il faudra bien un jour ouvrir le débat sur cette évolution marquée du sceau du professionnalisme, éminemment pénalisante pour notre rugby.

mercredi 26 octobre 2011

Les Blacks, enfin


     Dimanche dernier, nos joueurs ont fait honneur à notre pays. Ridiculisés en poule et en demi-finale, insultés par les médias néo-zélandais et raillés par le public, ils ont eu contre la Nouvelle-Zélande un sursaut d’orgueil rare.

Le plus incroyable dans le déroulé de cette finale réside dans la capacité tricolore d’attaquer et de défendre en restant soudé, malgré la révolution permanente opérée par le sélectionneur depuis quatre ans. Chaque joueur a tenu sa place et son rôle. L'équipe de France a été belle à voir.

Mérité, les All-Blacks

    Certes, nous avons plus ou moins dominé cette partie ; certes, l’arbitre avait décidé de laisser gagner les Blacks. Fort heureusement, nous ne sommes pas champions du monde. Comment se serait-on regarder dans la glace si tel avait été le cas ? Deux défaites en poule, une désillusion contre l’Italie dans le Tournoi, une rouste historique face à l’Australie il y a un an…
Et si nous avions volé la coupe aux Blacks dans leur antre de l’Eden Park ? Eux qui ont largement dominé non seulement la compétition, mais les six ou sept dernières années au niveau international ?

Rarement l’expression « LEUR coupe du monde » a été aussi vraie. C’était leur heure. Et grâce à leur victoire, le grand rendez-vous international créé en 1987 garde une légitimité.

Un premier bilan

    Deux faits, selon nous, ressortent nettement des six semaines de rencontres aux antipodes.

Le premier, c’est qu’une équipe a sur-dominé la compétition (la Nouvelle-Zélande). La seule fois où les Blacks ont été inquiétés, c’était en finale, quand ils ont eu du mal à évacuer l’énorme pression qui pesait sur leurs épaules.

En second lieu, le niveau a été relativement peu élevé – tout du moins très irrégulier – et la logique n’a pas été respectée par rapport aux phases de poule. Non seulement une équipe (la France) est sortie de son groupe avec deux défaites, une grande première, mais les nations présentes en demi-finales comptaient déjà quatre échecs dans la compétition !
Or, depuis 1987, jamais on n’était monté au-delà de deux unités ; et encore, cela ne s’était produit qu’en 2007, année qui avait vu pour la première fois une nation vaincue en phase de poule accéder à la finale (l’Angleterre).

Cela fait beaucoup de retournements improbables pour une compétition censée être relevée et passionnante.

Baisse de niveau chez les buteurs ?

    Autre fait marquant, la faillite des buteurs. Il est rare de voir autant de ratés, jusqu’en finale (deux pénalités faciles manquées par Weepu). Beaucoup mettent en cause le nouveau ballon, apparemment difficile à ressentir lors des coups de pied. Mais n’y a-t-il pas tout simplement une baisse de niveau ?

Il est des époques où la réussite des pénalités conditionne une victoire. Visiblement nous n’en vivons pas une. Plusieurs nations lancent des botteurs « improvisés » avec plus ou moins de réussite (NZ après la blessure de Carter, Australie, France évidemment), d’autres changent de tireurs en plein milieu d'une partie ; la seule qui possède un métronome de la trempe d’un Jenkins ou d’un Wilkinson des grandes années est l’Afrique du Sud, avec Morné Steyn, mais elle a été éliminée dès les quarts de finale.

    Dans cette coupe du monde, des nations ont agréablement surpris (Galles, Argentine) et d’autres ont beaucoup déçu (Angleterre, Australie). Certaines se sont construit un avenir (l’équipe de France) et l’une d’entre elle demeure trois crans au-dessus (Nouvelle-Zélande). Pour l’avenir, ceux qui pensent que les Blacks vont lever le pied risquent d’être déçus : 2012 pourrait encore être une « année noire »…

lundi 17 octobre 2011

Une drôle de coupe du monde...

    
     Etonnante, mais pas passionnante à vrai dire…
Si ce n’était l’intérêt immense pour nous autres Français de voir une finale Blacks-Bleus à l’Eden Park, nous dirions même que cette coupe du monde frise le n’importe quoi.

    Pour illustrer notre propos, il n’est qu’à regarder les demi-finales. Une équipe présente dans le dernier carré (la France) a subi deux défaites en matchs de groupe. Jamais une nation n’était sortie de cette phase après avoir connu deux échecs. Une autre (l’Australie) comptait déjà une défaite et avait terminé deuxième de sa poule.
La qualité des demi-finales ne trompe pas. Les Bleus ont gagné péniblement d’un petit point contre une équipe de Galles réduite à quatorze au bout de vingt minutes (carton rouge rarissime à ce niveau). Les Australiens se sont faits étrillés 20 à 6 par une Nouvelle-Zélande largement supérieure.

Des quarts peu logiques

    Dès les quarts, il soufflait un vent de farce. L’Afrique du Sud avait sur-dominé une Australie étonnamment amorphe mais avait perdu néanmoins, ce qui nous a privé du grand duel tant attendu entre les Boks et les Blacks. L’Irlande, qui avait fait le plus dur en battant les Aussies en poule, a été coupable d’un péché d’orgueil contre le Pays de Galles malgré son expérience. L’équipe de France s’est enfin réveillée et a réalisé une première mi-temps d’anthologie contre une équipe d’Angleterre très décevante tout au long de la compétition ; victoire surprise après nos deux défaites en poule.

La Nouvelle-Zélande, dernier pilier du rugby mondial ?

    En fait, des huit équipes engagées en quarts de finale, seules le Pays de Galles, l’Argentine et – bien-sûr – la Nouvelle-Zélande sont restées fidèles à elles-mêmes et ont tenu leurs rôles.

Les Blacks, en particulier, semblent le dernier pilier encore debout d’une ère professionnelle caractérisée par la frénésie. Jamais ils ne se prennent de roustes, jamais ils ne déçoivent. Ils dominent le rugby mondial depuis six ou sept ans et en recueillent désormais le fruit. Leur parcours en coupe du monde est limpide. Ils n’ont jamais été inquiétés dans la compétition malgré la blessure de Daniel Carter – le meilleur ouvreur de la planète. C’est dire leur avance sur les autres nations.

   Ils devront néanmoins se méfier contre la France. Pour l’occasion, les Bleus devraient se magnifier. Ces derniers sont en finale alors qu’ils n’ont bien joué qu’une seule mi-temps dans toute la compétition (la 1ère période contre l’Angleterre). Pour eux, la coupe du monde ne fait que commencer. Ce d’autant plus qu’on sent un profond soulagement à l’idée du départ prochain de Marc Lièvremont.

Ce dernier, qui avait eu un instant de discernement après la défaite contre les îles Tonga (« Qu'ils [les joueurs] fassent sans moi, je ne demande que ça, c'est leur aventure »), est retombé dans ses travers en traitant certains Bleus de « sales gosses égoïstes » et en parlant de « quelques clopes fumées en cachette » sous prétexte d’une sortie en ville après la victoire contre le Pays de Galles. Il ne s’agit pas seulement d’un énième dérapage, mais d’une absence totale de connaissance des joueurs tricolores, de l’âme française.

Prendre du plaisir

    Les Bleus présents en Nouvelle-Zélande n’ont ni envie ni besoin d’un instituteur omnipotent au-dessus de leur épaule. Ce sont des hommes qui savent que notre place en finale est totalement imméritée. Nous n’avons pas d’équipe, et se préparer en faisant comme si c’était le cas est le meilleur moyen de se faire étriller par les Blacks.

Tout ce dont nos joueurs ont besoin est de s’échapper de la promiscuité de l’hôtel, du regard du sélectionneur et des médias, de profiter de leurs derniers instants à l’autre bout du monde, de ne pas craindre une non sélection pour la finale sous prétexte d’une sortie en ville. De respirer et de ne s’appliquer que lors des entrainements, lesquels doivent reposer sur des bases simples. Si elle prend plaisir, l’équipe de France montrera un tout autre visage dimanche. Allez les Bleus !

lundi 26 septembre 2011

Les miracles, ça se mérite


      Le France-NZ n’aura cette fois pas donné lieu à un miracle. Après cinq premières minutes prometteuses pour les Bleus, les Blacks ont déferlé sur notre ligne d’en-but, montrant un enthousiasme énorme – voire une férocité – quand ils attaquaient. Quel talent dans ces lignes arrières, parfaitement lancées par le meilleur numéro dix du monde et des avants qui serrent les rangs !

    Les néo-zélandais ont définitivement enterré leurs vieux démons. On se rend peu compte, ici, du désordre causé par les victoires françaises des quinze dernières années : la glorieuse tournée de 1994, avec cet essai du bout du monde, à la dernière minute, marqué au nez et à la barbe de la nation rugbystique par excellence, le renversement improbable durant la demi-finale de 1999, enfin le quart de Cardiff il y a quatre ans, quand les Blacks méritaient la victoire finale dans la compétition.

Ne pas perdre son rugby

    A chaque fois, nous avons brisé malgré nous les espoirs des quatre millions de néo-zélandais, soucieux que leur lointain pays figure en bonne position sur la scène internationale. Pour cette nation située aux antipodes, le rugby constitue la meilleure occasion de se distinguer et de s’intégrer au monde.

Mais il y a pire. En 1999 et en 2007, les Blacks étaient favoris, et les Bleus ont réussi à les faire déjouer. Nous devons ces exploits autant à notre panache qu’au dérèglement psychologique des joueurs néo-zélandais, qui ont alors perdu leur rugby. C’est étrange, mais les Blacks ont, au fil des ans, nourri un véritable complexe face à la France. Et parce que tous les néo-zélandais ont pratiqué le rugby dans leur jeunesse, parce que ce sport reste leur premier ambassadeur, ces échecs ont touché plus profondément qu’on ne le pense la population de l’île.

    Cette fois-ci, chez eux, les Blacks n’avaient pas le droit de déjouer. Il y a longtemps qu’ils avaient intégré l’idée. Leurs vieux démons tricolores, ils les ont effacés il y a deux ans, à Marseille. S’obligeant à n’écouter que leurs propres forces, ils avaient remporté la partie haut la main (39-12) contre une équipe de France qui sortait d’un match prometteur face à l’Afrique du Sud. Le haka effectué alors avait été le plus intense des dernières années, toutes nations confondues.
Désormais, les néo-zélandais ont l’esprit plus libre pour le sacre suprême.

Les miracles se méritent

    Quant aux Bleus, un « coup » aurait été possible si nous avions une équipe. Mais après sept années de changements ultra-fréquents (ère Laporte), puis quatre ans de révolution permanente (ère Lièvremont), nous ne pouvions espérer autre chose que de faire bonne figure. Quand un joueur n’a jamais aucune certitude pour le lendemain, il perd l’esprit d’équipe, voire sa confiance. Et il cherche d’abord à prouver individuellement plutôt qu’à jouer simplement au rugby. Impossible dans ces conditions de vaincre la meilleure nation du monde.

    Nous possédons néanmoins un vivier extraordinaire. On ne sait s’il pourra s’exprimer durant la coupe du monde, mais il faut déjà penser à l’après. Alors que des fers de lance vont bientôt quitter les Bleus (Servat, Heymans) et que d’autres se rapprochent lentement vers la fin de carrière (Mas, Rougerie, Dusautoir, Clerc, Traille), certains joueurs au potentiel énorme ont montré leur talent et leur abnégation face à l’adversité (Picamoles, Médard, Mermoz…). C’est avec eux qu’il faudra construire une équipe.
    Il sera également nécessaire de trouver un numéro dix régulier et complet. En 1999, nous avions le meilleur ouvreur que la France ait connu depuis l’avènement du professionnalisme (Christophe Lamaison). En 2007, le n°10 le plus prometteur des dernières années (Beauxis).

En dépit des impressions frivoles, les miracles ne tombent pas du ciel. « Aide-toi et le ciel t’aidera ». Les miracles, ça se mérite.


PS : victoire de l’Argentine sur l’Ecosse, avec de la réussite. A moins d’un exploit contre l’Angleterre, le Quinze du chardon n’accédera pas aux quarts de finale pour la première fois depuis 1987. L’occasion de remettre les choses à plat dans une Ecosse qui traverse la plus grave crise rugbystique de son histoire. Quant à l’Argentine, en perte de vitesse, elle avait à cœur de justifier son entrée prochaine dans le tri-nations sudiste.

lundi 19 septembre 2011

L'Irlande, historique et logique

      
      « Grosse surprise », « exploit », « un succès favorisé par la pluie »… Nous nous étonnons de l’incrédulité des journalistes et de nombreux consultants après la victoire de l’Irlande sur l’Australie (15-6). Si l’issue de la rencontre constitue un authentique exploit pour l’Irlande, c’est au regard de son histoire longue : à notre connaissance, jamais un Quinze du Trèfle n’avait gagné contre une nation du sud dans l’autre hémisphère.

La confiance intime d’un groupe

     Pour notre part, nous avions anticipé il y a des mois la qualification probable de l’Irlande en demi-finales de la coupe du monde pour la première fois de son histoire (voir « L’Irlande, la plus dangereuse pour l’hémisphère Sud ? » du 1er avril 2011).  Non seulement les hommes en Verts sont les plus réguliers dans le Nord depuis des années, mais, « le groupe irlandais nous semble être encore plus homogène et plus serein que par le passé, plus sûr de lui, car ayant une conscience très fine de ses forces et de ses faiblesses » (message du 10 février).

Qui ne voit qu’ils se retrouvent dans les moments importants ? Les observateurs inattentifs du court terme ont-ils déjà oublié l’extraordinaire victoire contre l’Angleterre dans le dernier Tournoi (24-7) ? Et la finale renversante du Leinster dans la coupe d’Europe la plus relevée de tous les temps (victoire irlandaise 33-22 contre Northampton) ?
Il est des rencontres qui ne trompent pas.

Les fondamentaux : le jeu et l’esprit

     Le déroulé du match montre une nouvelle fois l’importance cruciale des fondamentaux dans le rugby. Dans le jeu, tout d’abord, avec une victoire acquise grâce à la nette domination des avants irlandais sur le pack wallabie.

La dimension humaine, ensuite : quand un grand capitaine qui a initié et vécu la plus grande période qu’ait jamais connu le rugby irlandais affirme que « c’est maintenant ou jamais » (Brian O’Driscoll à ses équipiers, avant le match), on l’écoute, on incorpore l’idée au plus profond de soi. Que pèsent à côté les talentueux mais inexpérimentés arrières australiens ?
Samedi, alors que le scénario tournait à leur désavantage, les Beale (22 ans), Cooper (23 ans) ou McCabe (23 ans) étaient hagards, ressemblant à des enfants perdus et orphelins. Leur temps viendra, ça ne fait pas de doute.

     Avec ce succès, l’Irlande s’ouvre en grand les portes de la demi-finale. Elle devra éviter l’écueil gallois en quarts. Le Quinze du Poireau a battu de peu les îles Samoa (17-10). Il devra encore vaincre les Fidji, ce qui ne sera pas une mince affaire, mais la compétitivité retrouvée de leurs avants et de joueurs comme Jamie Roberts (le meilleur n°12 de l’hémisphère Nord) leur donnent un avantage certain.

Un mot sur les Bleus

     Victoire tranquille de l’équipe de France contre des canadiens courageux et brutaux. Beaucoup de nos joueurs ont une classe naturelle, l’ambiance sur le terrain semble bonne, c’est de bonne augure pour le choc face à la Nouvelle-Zélande. Deux petits bémols : la faiblesse relative de notre triangle 10-12-13 face à celui des Blacks, et un sélectionneur qui continue d’alourdir l’ambiance en traitant ses joueurs comme s’ils étaient des écoliers de primaire.
Advienne que pourra !

mercredi 14 septembre 2011

En attendant les deux gros morceaux...

   
       Après la vomie de matchs de préparation, la Coupe du monde a bien commencé. Non par un jeu flamboyant mais par la petitesse des écarts et l’âpreté des combats dans les regroupements, comme l’ont montré les Galles-Afrique du Sud et Angleterre-Argentine. Les résultats sont logiques (victoires des Boks et des Anglais), mais le suspens aura duré jusqu’au coup de sifflet final.

    La compétitivité de l’Argentine et de Galles renforce l'attrait de leurs poules respectives : la première peut empêcher l’Ecosse d’accéder aux quarts de finale pour la première fois de son histoire, la seconde devra se frotter à des îles du Pacifique très compétitives (voir message de juillet dernier : http://lerugbyinternational.blogspot.com/2011/07/l-es-samoa-sont-en-grande-forme.html).
Ainsi, le Galles-Samoa promet des étincelles !   Gros combat en perspective pour la deuxième place dans les groupes B et surtout D.


Australie-Irlande : pour s'ouvrir les voies de la finale

    Ces rencontres rendent le temps agréable avant les deux gros morceaux des phases de poule : l’Australie-Irlande de samedi prochain, puis le Nouvelle-Zélande-France. Nous attendons le premier match avec impatience : le vainqueur aura de grandes chances d’accéder aux demi-finales en jouant - en quarts - contre le deuxième de la poule de l’Afrique du Sud (Galles, Samoa ou Fidji). En outre, il éviterait sans doute la Nouvelle-Zélande en demie.


Les Bleus, comme à l'habitude

    Concernant le premier match de la France, nous ne sommes pas spécialement inquiets de la performance très moyenne contre le Japon. Les matches de poule n’ont jamais été notre fort, nous ne nous y sentons que très rarement en état de grâce ou d’harmonie.

Nous renvoyons à l’analyse toujours très pertinente d’Alain Penaud sur l’Equipe.fr, qui déplore l’absence de fond de jeu, notamment dans les lignes arrières :       « … Après, je ne dis pas que tout est la faute de Lièvremont. C’est le rugby français qui est dans cet état depuis l’ère Laporte, voire l’ère Villepreux. On est très conservateurs. On s’appuie sur une grosse mêlée, une grosse touche, mais derrière, il n’y a pas grand-chose. (…)  Quand on voit les qualités intrinsèques des joueurs et le potentiel de cette équipe et ce que cela donne en terme d’organisation, il y a de quoi être frustré ».
Nous ajouterons pour notre part que les changements ultra fréquents à la charnière depuis dix ans sont l’une des causes probables de cet état de fait.

    Un petit mot sur les Boks, qui nous apparaissent profondément et secrètement fragilisés sur le plan mental, et ce depuis quelques années. Les raisons ne sont pas sportives, mais sociétale et politique. Nous y reviendrons. Alors que les sud-africains, avec leurs joueurs extraordinaires, auraient dû concurrencer les Blacks ces dernières années, le duel a tourné court. Cela pourrait encore être le cas durant cette Coupe du monde.

    En maintenant un œil sur l’Angleterre et les îles du Pacifique, nous maintenons notre pronostic : victoire finale de la Nouvelle-Zélande, et qualification de l’Irlande en demi-finale pour la première fois de son histoire.

jeudi 21 juillet 2011

Attention aux îles du Pacifique...


    Les Samoa sont en grande forme. Eternels premiers de la classe des îles du Pacifique, bien que parfois talonnés par les gazelles fidjiennes, les hommes en bleus viennent de réaliser l’un des plus grands exploits de leur histoire en battant l’Australie pour la première fois. A Sidney, en plus.
Certes, les wallabies n’avaient aligné qu’une équipe bis, impératif d’un rugby pro qui montre ici ses effets pervers. La charnière Genia-Cooper n'était pas titulaire et quatre des cinq arrières présents en Europe lors des tournées d’automne ne jouaient pas. Mais le résultat final demeurera à jamais.
Voici un petit résumé, avec le haka et les essais (commentaires en anglais) :




   Le Quinze australien n’a pas réussi à renouveler ce que la France avait produit lors de sa tournée à Apia en 1999. Avant un déplacement en Nouvelle-Zélande, l’équipe de France avait tenu à jouer un test contre les Samoa dans ce qui constituait un match-piège. Après avoir dominé en première mi-temps, ils furent rejoints au score par des îliens soudainement devenus féroces, impeccables dans le jeu à la main, intraitables en défense, au-delà de la limite autorisée dans les placages. Une tempête tropicale et deux cartons rouges plus tard (pour les Samoa), la France l’emporta en marquant deux essais dans les toutes dernières minutes.

   Douze années ont passé. Contre l’Australie et avant elle lors des tournées d’automne, le Quinze samoan a donné l’impression d’être plus régulier et mieux organisé. L’habitude de jouer dans les grands championnats des hémisphères Nord et Sud, sans doute. Un management renouvelé, aussi. Mais d’abord et avant tout une longue expérience dans le rugby international, allié à une endurance et une force physique exceptionnelle qui sont le grand atout des joueurs des îles. Alors que le professionnalisme a profondément creusé les performances entre les nations déjà présentes au haut niveau et les autres (arrêt des rencontres avec les nations mineures – pas assez rémunératrices –, entraînement corporel beaucoup plus intense), les îles du Pacifique, naturellement au top sur le plan physique, ont besoin d’un minimum de rigueur dans la gestion du jeu. C’est celle-là même qui leur font souvent défaut, mais avait permis aux Fidji d’atteindre les quarts de finale lors de la dernière coupe du monde ; encore elle qui a rendu possible la victoire des îles Samoa contre l’Australie cette année.

   Les Samoa confirment ainsi les bonnes performances réalisées en novembre dernier (défaites de 10 points contre l’Irlande, de 13 pts contre l’Angleterre et de 3 petits points contre l’Ecosse à la dernière minute). Ils vont être de sérieux rivaux aux gallois et aux sud-africains lors de la prochaine coupe du monde.

   Les tournées de l’automne nous avaient donné de bonnes indications pour connaître les forces en présence en 2011. Nous avions alors distingué trois thèmes principaux (voir http://lerugbyinternational.blogspot.com/2011/02/dernier-regard-sur-les-tournees.html) : la Nouvelle-Zélande domine le rugby international comme rarement équipe a dominé, et gagnera enfin la coupe de monde ; l’Angleterre est de retour ; les îles du Pacifique redeviennent très compétitives. Plus que jamais, nous confirmons ces vues.